La Meyna

une sentinelle rocheuse en rive droite de l'Ubayette

Cette montagne en forme de pyramide élancée (et même hargneuse) se détache, du haut de ses 3067 mètres, en arrière et au dessus des pentes plutôt molles de la rive droite de l'Ubayette (voir la page "Viraysse") .

La Meyna et la Tête de la Viraysse, vues du sud depuis le débouché du vallon du Lauzanier, par dessus les basses pentes de Tête Dure

 

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La Meyna
, vue du nord depuis le lac inférieur du Vallonnet
ØCh = surface de chevauchement de la nappe du Châtelet (ceinturant la petite fenêtre* de marbres en plaquettes de la crête de la Portiolette) ; f.rB = faille de la Rocca Blanca ; f.nM : faille nord de la Meyna ; f.eM : faille orientale de la Meyna.


C'est le point culminant d'une arête rocheuse transversale à la crête frontière, qui s'en détache au nord de la Tête de Sautron, forme l'arête de la Portiolette et se termine au sud-ouest par la Tête de la Viraysse. Elle ferme de ses abrupts l'extrémité nord-ouest (vallon de la Viraysse) de la dépression suspendue du Rouchouse et domine, du côté nord, la dépression, également suspendue, du Vallonnet, que draine le ravin du Pinet.

La masse rocheuse de La Meyna est assez isolée car elle est entourée presque de tous côtés par des éboulis, de sorte que sa position dans l'édifice structural n'est pas évidente. Il est seulement très clair que, le soubassement de ses abrupts sud-orientaux appartenant à la nappe du Rouchouse, le reste de la montagne doit se rattacher à une unité supérieure (voir cliché ci-après). C'est pourquoi La Meyna avait d'abord été rattachée à la nappe de Sautron (publication n° 024), d'autant que c'est avec cette nappe que les analogies de constitution stratigraphique sont les plus marquées et que les témoins les plus occidentaux de cette dernière affleurent immédiatement plus à l'est, à la Tête de Sautron.
Mais il s'avère que les affleurements du versant septentrional de la montagne ne semblent séparés que par des hiatus d'affleurement ou par des cassures mineures de ceux de la RoccaBlanca et du Vallonnet, qui appartiennent à la nappe du Châtelet. Même si l'on n'y trouve pas exactement la même succession stratigraphique (à la Meyna le Malm est absent et les marbres en plaquettes sont plus riches en niveaux argileux) il faut donc considérer que La Meyna appartient à la nappe du Châtelet (dont elle représente le témoin le plus méridional) et non à celle de Sautron (qui est donc absente à son aplomb).
voir en fin de page quelques développements complémentaires sur les rapports entre les diverses unités tectoniques dans ce secteur.

Pour l'essentiel la pyramide rocheuse de La Meyna est constituée de calcaires et dolomies du Trias moyen mais elle porte du côté sud et ouest un parement de terrains plus récents, essentiellement constitués de calcaires du Dogger et calcschistes néocrétacés. Les couches y sont en général très redressées et orientées presque N-S. Elles sont tranchées transversalement par deux cassures qui délimitent l'ultime pyramide sommitale, l'une au nord (faille nord de la Meyna), l'autre au sud (faille sud de la Meyna).

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Le vallon de la Viraysse (versant est de la Meyna) vu du sud, depuis Tête Dure
n.Ch = nappe du Châtelet (ØC est sa surface de chevauchement) ; n.Ro = nappe du Rouchouse.
f.Ru = faille du Ruburent : elle tranche toute la succession triasico-jurassique de la nappe du Rouchouse (du côté gauche) pour la juxtaposer aux calcschistes néocrétacés de la partie haute de cette nappe (du côté droit) ; c'est donc le compartiment gauche qui est surélevé par le rejet de cette cassure.
f.P? = prolongement (hypothétique) de la faille du Pinet ; f.sM = faille sud de la Meyna ; f.eM = faille orientale de la Meyna ; f.rB = faille de la Rocca Blanca et du col de la Portiolette ; s.M = synclinal de la Meyna ; a.Ro = anticlinal du Rouchouse.
On asouligné de tirets émeraude la tracé de l'arc morainique de l'ancien glacier (Würm ?) du vallon de la Viraysse (la flèche indique sa direction d'écoulement).


Du côté ouest la Meyna domine abruptement le vallon des casernements de la Viraysse, qui descend du col de la Viraysse vers les basses pentes du Vallonnet. Bien que les éboulis y masquent totalement son bedrock il est très clair que ce vallon est déterminé par le passage de la faille du Ruburent, car cette dernière, orientée exactement comme lui, est bien observable plus au sud (voir cliché ci-dessus) comme plus au nord (voir cliché ci-dessous).

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Le vallon au nord de la Viraysse vu du sud-est, depuis le sommet de la Viraysse.
f.Ru = faille du Ruburent ; n.CH = nappe du Châtelet (en bord droit du cliché = pied des abrupts sud-occidentaux de la Meyna).
commentaires des autres annotations à la page des Rochers de Saint-Ours


La structure de détail des abrupts de ce versant ouest est assez complexe à déméler, d'autant que son accès est difficile et dangereux. On y voit aboutir les deux cassures sub-verticales qui traversent l'arête N-S de la montagne, savoir la faille nord de la Meyna, grossièrement orientée NE-SW et la faille sud de la Meyna, grossièrement orientée E-W, qui traverse l'arête sud et coupe en biais les deux versants de cette dernière.

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Le versant occidental de la Meyna, vu de l'ouest depuis le sommet de Roir Alp.
f.nM = faille sud de la Meyna, à peu près NE-SW ; f.sM = faille sud de la Meyna, à peu près E-W ; le détail des affleurements de ce versant de l'arête sud (à droite du sommet) est figuré dans le cliché suivant.
N.B. : les affleurements de Trias supérieur et de Dogger de l'arête nord-ouest (en contrebas gauche du sommet) dont été repérés à la jumelle mais non visités : leur situation est bizarre et donc énigmatique.


C'est seulement au sud de cette faille méridionale qu'affleure le Dogger, abaissé par le jeu de la cassure. Il décrit un synclinal de la Meyna assez ample, à coeur de marbres en plaquettes, dont l'axe est orienté ENE - WSW, de sorte que sa charnière est recoupée orthogonalement par le versant sud-est de la montagne (voir le cliché de ce versant plus haut dans la page).

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La Meyna et la Tête de Sautron (versant ouest) vues du sud-ouest, depuis le fort de la "batterie de la Viraysse".
f.sM = faille sud de la Meyna, à peu près E-W ; f.P = prolongement (hypothétique) de la faille du Pinet ; s.M = synclinal de la Meyna, à coeur de marbres en plaquettes (cs) et à axe très
Au point Ø, la surface de chevauchement de la nappe de Sautron (ØS) est recoupée par celle de la nappe du Châtelet (ØCh) (voir commentaires complémentaires ci-dessous). En effet les affleurements de la nappe de Sautron ne se poursuivent pas au-delà, en direction de l'observateur, et le matériel de la nappe du Châtelet (qui constitue La Meyna) repose alors sur les marbres en plaquettes du sommet de la nappe du Rouchouse.
La faille du Ruburent passe au col de la Viraysse même, avec un tracé qui suivrait grossièrement le bord inférieur du cliché.


En outre le flanc nord-ouest du synclinal de la Meyna est affecté de complications structurales qui se remarquent dans les abrupts qui tombent vers le sud-ouest sur le vallon qui descend vers le nord depuis la Viraysse. Il s'agit de plis pluri-décamétriques, que dessinent les bancs du Dogger et les marbres en plaquettes. Ils sont très plongeants vers le sud et reployés en travers de leur axe. Cette géométrie compliquée témoigne de la multiplité des phases de déformation subies par ces terrains.

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Le versant occidental de l'arête sud de la Meyna, vu du col de Mallemort (la perspective en contre-plongée réduit exagérément la hauteur de la pyramide terminale de la montagne).
On distingue des rouleaux formés par de dégagement des voûtes de plis par ablation de leur enveloppe de marbres en plaquettes : ce sont des plis parasites du flanc nord-ouest du synclinal de la Meyna (s.M), dont le coeur se situe au bord droit de la photo. On voit en outre que ces "rouleaux" sont sinueux. Cela peut s'interpréter en considérant que ces plis P1 (les premiers formés) ont vu leurs axes ultérieurement basculés vers le sud-ouest et tordus par des plis plus amples P2.
On peut se demander, de façon conjecturale, si la formation de ces plis P2 n'a pas été associée au jeu de la faille du Ruburent, qui passe dans le vallon de la Viraysse, au pied de ces affleurements.


Du côté sud- oriental de la montagne la coupe naturelle offerte par les abrupts qui tombent sur les alpages su Rouchouse (voir le cliché, plus haut dans cette page) montre que, globalement, la succession des couches de la nappe du Châtelet est coupée en biseau par sa propre surface de charriage, de sorte qu'aux approches du col de la Viraysse ne subsistent plus que les couches jurassiques et crétacées du flanc sud-est (inférieur) du synclinal de la Meyna.

En outre le Dogger qui affleure dans le versant est du col de la Viraysse y forme deux lames superposées. Cette géométrie rappelle assez fortement celle du dispositif des écailles du Pinet, que l'on observe, dans une situation analogue, sous les Rochers Saint-Ours, de l'autre côté de la faille du Ruburent. Il pourrait donc bien s'agir là du prolongement de ces écailles du Pinet, simplement décalé par le jeu de la faille du Ruburent.
La plausibilité de cette interprétation est renforcée par le fait que ces écailles sont sectionnées de façon analogue par une faille (bien distincte de celle du Ruburent) qui ne manque pas de similitudes avec la faille du Pinet : on est tenté d'y voir le prolongement de cette dernière, lui aussi décalé par la faille du Ruburent (c'est cette hypothèse qui est exprimée dans la notation "f.P" du cliché du vallon de la Viraysse, ci-dessus).

Ce biseautage "par le bas" des couches de la nappe du Châtelet évoque une géométrie de rampe*, qui correspond vraisemblablement au front* de la nappe du Châtelet. De fait ces affleurements semblent bien marquer la limite méridionale de l'extension de cette nappe, dont on ne trouve plus aucune trace plus au sud.
Le fait qu'au sud-est de La Meyna on ne trouve plus aucun témoin de la nappe du Châtelet se comprend aisément par le fait que tout le dispositif de nappes de charriage empilées s'élève progressivement vers le SE, de sorte que l'érosion supprime dans cette direction le matériel des nappes les plus hautes, en faisant apparaître celles qui leur sont sous jacentes.
L'absence de la nappe de Sautron, à l'aplomb de La Meyna, pose par contre un problème tectonique : il apparaît en effet que, dans le versant sud est de la montagne, les terrains appartenant à la nappe de Sautron ne doivent pas se poursuivre plus à l'ouest que le lac de la Viraysse, et que dans ce secteur (masqué sous les alluvions quaternaires) ils doivent se faire sectionner en biseau par la surface de base de la nappe du Châtelet.

Cette disposition a incité à une interprétation des rapports entre ces nappe, qui soit autre que celle d'un simple empilement par imbrications du nord-est vers le sud-ouest (ce qui est la clé fondamentale de la compréhension de la structure de leur édifice).
Elle consiste à ne voir dans la nappe du Châtelet et celle de Sautron deux fragments d'une seule et même nappe originelle ; c'est seulement dans une étape postérieure au charriage principal que cette nappe aurait été rompue par une cassure de rétrocharriage (comparable aux failles des Houerts, de la Barge et de Ceillac) et que ses deux fragments se seraient imbriqués dans un mouvement rétroverse. Cet accident, qui est celui du col de la Portiola, aurait ainsi fait chevaucher d'ouest en est (et non l'inverse) l'unité du Châtelet (c'est-à-dire la partie externe de la nappe) sur l'unité de Sautron (sa partie plus interne) : ceci implique alors de considérer que les relations originelles, paléogéographiques, entre ces deux unités aient été l'inverse de ce qui avait précédemment été admis (c'est cette dernière interprétation qui a été retenue dans la coupe palinspastique d'ensemble).

 


version de plus grande taille
Coupe SW-NE passant par le col du Vallonnet (extrait de la publication n° 024 , retouché)
La partie droite de cette coupe montre le matériel de la nappe de Sautron (globalement ployé en un anticlinal déversé vers le NE).

ØCh = surface basale de la nappe du Châtelet : elle passe entre Rocca Blanca et Monte Baueria mais il s'agit probablement d'un chevauchement vers l'est ramenant la partie occidentale de la nappe (nappe du Châtelet proprement dite) par dessus sa partie orientale (nappe de Sautron proprement dite).
FR = faille du Ruburent (compartiment sud-occidental surélevé) ; F = surface de charriage des nappes de Flysch de l'Embrunais.

pour la signification des figurés rocheux consulter la légende générale des abréviations





 Carte géologique simplifiée des montagnes de la Haute Maira en amont d'Acceglio
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

carte cliquer sur les imagettes Légende

 Carte géologique simplifiée des montagnes entre Acceglio et le col de Larche.
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

carte cliquer sur les imagettes Légende
cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Aiguille de Chambeyron
consulter l'aperçu structural général sur les montagnes au SE de la Haute Ubaye
consulter l'aperçu structural général sur la zone briançonnaise méridionale

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