Les gorges amont de la haute Ubaye : vue d'ensemble

la coupe naturelle de la zone briançonnaise entre Serenne et Maurin

Entre les villages de Grande Serenne et de Maurin, l'Ubaye parcourt, sur environ 8 km, des gorges rocheuses plus ou moins rétrécies, qui sont dominées des deux côtés par des versants rocheux que couronnent de hautes crêtes avoisinant ou dépassant 3000 m d'altitude. Ce relief contraste fortement avec celui, beaucoup plus ouvert avec de larges pentes d'alpages et des crêtes émousssées, que montre la vallée plus en aval (Serennes) comme plus en amont (Maurin).

Cet étranglement de la vallée est dû au fait qu'elle y traverse la zone briançonnaise, qui s'oppose, par la plus grande résistance à l'érosion de la plupart de ses terrains constitutifs,  riches en calcaires et grès massifs, aux deux domaines qui l'encadrent, savoir celui du flysch de l'Embrunais en aval (au sud-ouest), et celui des "schistes lustrés" piémontais en amont (au nord-est), l'un comme l'autre formés en prédominance de schistes argileux.

Mais le changement de relief débute en fait dès le premier village de Maurin (La Barge), bien avant l'entrée dans ce dernier domaine : dans cette partie orientale du briançonnais distinguée sous le nom de "bande de Ceillac", les calcschistes néocrétacés prédominent en effet à l'affleurement sur les calcaires triasico-jurassiques.

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Les gorges de la Haute Ubaye, vues d'aval, de l'ouest d'avion.
Seules sont indiquées les limites des unités tectoniques majeures qui se superposent, avec un pendage vers l'aval, dans la partie aval de la gorge. Le domaine des schistes lustrés n'est visible qu'en fond de tableau (abords du col du Longet)


Le débouché aval de ces gorges est marqué par la spectaculaire entaille du verrou rocheux* du Pont du Châtelet, pratiquée à travers les couches sub-verticales de la nappe du Châtelet, laquelle est l'unité la plus élevée de l'édifice briançonnais sur cette transversale (détails à la page "Châtelet").

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La rive droite des gorges de la Haute Ubaye, vue d'ensemble, depuis le SE (vue pseudo-aérienne obtenue au moyen de "Google-earth").
On a surchargé de vert clair les affleurements les plus importants de calcschistes néo-crétacés ("marbres en plaquettes") et de jaune les affleurements de la "semelle siliceuse briançonnaise" qui affleurent à la faveur de l'anticlinal de Marinet. Les affleurements de couches du Trias moyen et du Jurassique sont surchargés de rose.


La coupe naturelle des gorges de la Haute Ubaye a été considérée (M. Gidon, 1962) comme livrant une clé fondamentale pour la compréhension des massifs qui en forment les rives. Elle montre très clairement que la zone briançonnaise y est constituée par une pile de nappes de charriage, toutes formées de matériel calcaire (à succession débutant par le trias moyen). L'érosion a percé cet empilement et mis à nu, en amont de La Blachière, le matériel siliceux permo-triasique qui y dessine un bel anticlinal très dissymétrique, déversé vers le nord-est. Cet "anticlinal de Marinet" est en fait constitué par deux unités imbriquées et ployées ensemble qui ont une position encore inférieure dans l'édifice et se caractérisent par leur succession post-werfénienne réduite.

La direction axiale de ce pli majeur semble lui faire prolonger vers le SE l'anticlinal amont de la coupe classique du Guil, bien que, dans les montagnes intercalaires, du massif d'Escreins, les terrains siliceux qu'il affecte n'affleurent pas, masqués sous les nappes de matériel calcaire.

Du côté aval de ce pli les unités "calcaires" empilées, disposées à l'endroit, s'enfoncent vers le SW avec un pendage plutôt modéré mais qui s'accroît progressivement vers le bas. Du côté amont il faut distinguer des unités inférieures, qui s'enfoncent avec un pendage renversé ou proche de la verticale, qui semblent donc avoir été basculées vers l'est par l'effet du déversement du pli, et une unité supérieure, celle de la Font-Sancte qui n'est pas affectée par le pli et qui reste dans l'ensemble sub-horizontale, comme si elle flottait sur les unités inférieures.

Cet empilement d'unités est en outre affecté par un certain nombre de cassures, longitudinales par rapport à l'allongement de cet anticlinal : certaines, comme celles affectant la nappe de la Font-Sancte, sont anétrieures au charriage ; la plupart des autres (faille des Houerts et faille de La Barge) sont des cassures tardives qui ont joué en chevauchement vers le nord-est et sont sans doute associées au rétrodéversement de l'anticlinal de Marinet.

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La partie amont de la rive droite de la gorge de l'Ubaye, vue du SE depuis la Pointe de Chauvet (crête de l'Aiguille de Chambeyron).
n.PH = nappe de Peyre Haute ; u.Ch = unité du Châtelet ; u.aC = unité des Aiguilles de Chambeyron (digitation du Sommet Rouge) ; f.H = faille des Houerts ; a.M = anticlinal de Marinet ; u.aM = unité des andésites de Marinet ; f.B = faille de La Barge.


En fait les deux rives de la vallée présentent un aspect assez différent, notamment en ce qui concerne la partie haute de leurs versants, au niveau des crêtes : ceci s'interprète aisément en considérant que la rive gauche (sud-est) est plus profondément disséquée par l'érosion, ce qui lui fait montrer plus largement les unités inférieures, et que, en contre-partie, la voûte de l'édifice des nappes y est décapitée. Cette tendance à montrer des structures de plus en plus profondes en se déplacant du NW vers le SE se confirme d'ailleurs clairement au SE du massif de Chambeyron, dans les montagnes comprises entre Maira et Stura.

- Sur la rive droite de la vallée l'édifice des nappes est couronné par une sorte de large voûte, formée par les nappes du Châtelet et de la Font-Sancte, largement respectées par l'érosion. Cette voûte est cependant rompue, entre la Pointe d'Escreins et le Pic de Panestrel, par la faille des Houerts, cassure tardive qui fait chevaucher la première de ces deux nappes, vers l'est, sur la seconde.

figure plus grande (nouvelle fenêtre)

Coupe de la rive droite des gorges supérieures de l'Ubaye
La légende des notations stratigraphiques est celle de la carte géologique Aiguille-de-Chambeyron au 1/50.000°.
N.B. La faille des Houerts est la cassure qui passe entre la digitation du Sommet Rouge et l'Unité de Marinet.
On remarque que la surface de charriage de la nappe de la Font-Sancte n'est pas plissée par l'anticlinal de Marinet, comme le sont les unités sous-jacentes. Au contraire elle sectionne nettement la voûte de ce pli, pourtant bien dessinée par le matériel siliceux appartenant à l'Unité de Marinet, qui en constitue le coeur. Cette disposition résulte vraisemblablement d'un rabotage lors des rétrocharriages, mais on ne peut exclure qu'elle soit même dûe à une érosion intervenue dans une étape intermédiaire des mouvements tectoniques.



Légende des couleurs qui permettent de distinguer les unités tectoniques (ce sont celles du schéma d'interprétation rétrotectonique général) et essai de reconstitution de la succession originelle des unités structurales (voir commentaire en fin de page).


De cet examen se dégagent deux caractéristiques majeures :

1- L'ensemble des unités tectoniques de la rive droite de l'Ubaye semble globalement disposé en un vaste anticlinal (schéma ci-après). Toutefois l'analyse de cette structure montre que le schéma d'un "anticlinal de nappes" affectant des unités d'abord empilées puis enroulées ensemble est trop simple : en effet on ne retrouve pas, des deux côtés du coeur anticlinal, des unités se correspondant par leurs caractéristiques stratigraphiques et se raccordant à sa voûte.


figure de plus grande taille / (extrait de la publication n° 024 , retouché) .

Bloc perpectif montrant la géométrie des unités en rive droite de la vallée de l'Ubaye.
Seuls sont représentés avec des figurés les terrains antérieurs au Crétacé supérieur (les autres, marbres en plaquettes et flysch noir, rempliraient le vide laissé entre les unités). La faille des Houerts n'est pas représentée sur ce schéma ancien (elle passe entre Pointe d'Escreins et Pic de Panestrel et aux abords ouest de La Blachière)
(pour les noms des unités se reporter à la liste des abréviations).


2- Par contre on observe très clairement que la surface de charriage de la nappe de la Font-Sancte est subhorizontale et qu'elle sectionne nettement la voûte de l'anticlinal de Marinet, qui est pourtant dessinée de façon très accusée dans les unités de matériel siliceux sous-jacentes. Il y a donc eu là un rabotage du sommet de l'édifice des nappes inférieures, enroulé par ce pli, avant la mise en place finale de la nappe de la Font-Sancte.

Une hypothèse envisageable est de considérer que ce rabotage a précédé ou accompagné les mouvements de rétrocharriage par lesquels cette nappe est venue reposer sur la bande des calcschistes de Ceillac-Chiappera. Au sujet de ce rétrocharriage se reporter au schéma rétrotectonique général du Briançonnais méridional.

2- Enfin cet empilement de nappes est fortement rompu par des failles longitudinales pentées vers le sud-ouest qui ont joué en chevauchement vers le nord-est : on a mis cette disposition sur le compte d'une transformation de l'anticlinal simple originel en un vaste pli-faille, par des mouvements de rétrocharriage.

De fait, c'est bien par un tel processus de rupture du flanc oriental de l'anticlinal amont du Guil que, au sud-est de Ceillac, la nappe de la Font-Sancte y avance en chevauchement sur des unités (notamment celles de la "bande" de Ceillac-Chiappera) qui s'avèrent, si l'on se réfère aux coupes plus septentrionales, lui être supérieures dans l'empilement originel.

- Sur la rive gauche, l'érosion a mis largement à nu les terrains siliceux des unités inférieures, affectées par l'anticlinal de Marinet ; en contrepartie elle a pratiquement déblayé presque partout les terrains de la nappe de la Font-Sancte, la plus haute de l'édifice tectonique : ceci découle de l'existence d'un plongement général des structures vers le nord-ouest.

Au total, et compte tenu des cassures longitudinales qui débitent la charnière de l'anticlinal de Marinet, les ensembles rocheux successifs de cette rive, sans doute initialement empilés comme sur la rive opposée, affectent plutôt l'allure d'une série de tranches inclinées vers le sud-ouest (de ce fait il y devient difficile de distinguer les contacts tectoniques correspondant aux charriages initiaux de ceux dûs aux rétrocharriages).

version plus grande

Panorama de la rive gauche de la gorge de la Haute Ubaye (croquis pris depuis la Tête du Seingle).
NB : Le tracé Ø1, qui traverse la moitié droite de la figure, en diagonale descendante, se confond en partie avec celui de la faille des Houerts, qui le recoupe. Ce dernier accident, tardif, a un rejet de rétrocharriage, dont la vergence (vers la gauche) est attestée par les charnières qui affectent les abords de la surface de cassure dans les abrupts encadrant les pentes des Chalanchassas.
(extrait de la publication n° 024 , retouché)
consulter la légende générale des abréviations / / dans sa version de grande taille


figure plus grande (nouvelle fenêtre)
Coupe en rive gauche des gorges supérieures de l'Ubaye entre Serennes et Maurin (confins septentrionaux du massif de Chambeyron).
Légende des notations stratigraphiques comme sur la carte géologique Aiguille-de-Chambeyron au 1/50.000°.
Il est à remarquer qu'aux abords du Pas de Chillol les rochers 2827 sont formés par une klippe* de calcaires triasiques qui repose directement sur les andésites de l'écaille des andésites de Marinet . Par comparaison avec la structure de la rive droite de l'Ubaye on doit sans doute la rapporter à la nappe de la Font-Sancte. Cette unité a donc dû se mettre en place ici sur un anticlinal de Marinet qui a subi un rabotage de sa voûte encore plus profond que celui observable en rive droite.

Le problème de la reconstitution paléogéographique de la position originelle des unités tectoniques observées a été abordé en adoptant l'hypothèse que la succession horizontale originelle de ces unités se faisait selon une transversale au bourrelet anticlinal qui affecte leur empilement actuel (c'est-à-dire selon un azimut SW-NE) et en supposant d'abord (M.GIDON, 1962) que leur imbrication résultait uniquement de mouvements proverses (vers le SW). Partant de là on a essayé de replacer les unités les unes par rapport aux autres, en tenant compte à la fois de leur proximité au sein du système d'imbrication et de leurs parentés de constitution stratigraphique. Puis le schéma a été modifié pour tenir compte de l'importance des mouvements rétroverses (vers le NE) : voir à ce sujet : "structure du Briançonnais sud-oriental".

Légende des couleurs (à signification structurale) et essai de reconstitution de la succession originelle des unités structurales.


Le résultat est présenté sous forme du schéma ci-dessus, qui retouche celui publié dans la notice de la Feuille Aiguille de Chambeyron en 1994. Mais, à mes yeux, pas plus que ce dernier, il n'emporte réellement la conviction.

En effet, en plus des doutes sur les sens proverses ou rétroverses des mouvement relatif des unités imbriqués, une constation complémentaire est à prendre en considération : c'est le fait que, depuis le Guil jusqu'au Val de l'Arma, c'est-à-dire en se déplaçant du NW vers le SE, on voit apparaître à tour de rôle de nouveau éléments charriés, qui surgissent sous ceux visibles plus au NW (on en dénombre au moins 6, au total) : cela porte à penser que les imbrications originelles ne se sont pas faites du NE vers le SW, mais peut-être du NW vers le SE : les positions originelles des unités n'étaient donc sans doute pas alignées selon la direction NE-SW comme on est incité à le croire en considérant leur succession actuelle dans une coupe ainsi orientée ...

consulter l'aperçu structural général sur la zone briançonnaise méridionale

cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Aiguille de Chambeyron

Carte géologique simplifiée du massif de Chambeyron
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074


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