Pic de Panestrel, col des Houerts

crête de partage des eaux entre le Guil (Rif Bel) et l'Ubaye

Le Pic de Panestrel (3254) est le sommet le plus sud-occidental de l'arête rocheuse qui court depuis la Font-Sancte jusqu'au col des Houerts et qui constitue la ligne de partage des eaux entre Guil et Ubaye, sur le versant de laquelle il domine les pentes du vallon des Houerts. Il s'en détache en outre, vers le NW, une crête qui, à partir de la pointe d'Escreins, sépare les vallons de la Selette et de la Font Sancte, qui sont ceux des sources du Rif Bel.

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Les montagnes de la crête de partage des eaux entre Rif Bel et Ubaye, vues du col 3132 au nord de La Mortice. (cliché original obligeamment communiqué par M. G. Deleuil)
ØCh = chevauchement de la nappe du Châtelet ; Øsa = chevauchement secondaire occidental ; Øsd = chevauchement secondaire oriental ; f.H = faille des Houerts ; f.t = faille transverse au chaînon de la Mortice - Pic des Houerts (voir la page "Pic des Houerts").
Les couches de la crête de Panestrel sont redressées aux environs de la verticale et exposent ainsi de grandes surfaces de marbre rouge "de Guillestre" du Malm.

Sur un socle de calcaires et dolomies du Trias moyen le sommet même du Pic de Panestrel est une pyramide sculptée dans le matériel jurassique et crétacé de la nappe de la Font-Sancte, dont ce sont d'ailleurs les affleurements les plus méridionaux. Ces couches s'affrontent dans les pentes nord-occidentales du sommet (Pointe d'Escreins), par l'intermédiaire de la faille des Houerts, avec les affleurements de la nappe du Châtelet, qui forment les abords du col des Houerts et surtout les abrupts inférieurs du Pic des Houerts.

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Le versant sud-ouest du pic de Panestrel vu du sud, depuis les crêtes de l'Aiguille de Chambeyron.
ØPH = surface de chevauchement de la nappe de Peyre Haute ; n.PH= nappe de Peyre Haute ; n.Ch = nappe du Châtelet ; n.aC = nappe de Chambeyron ; u.sR = unité du Sommet Rouge ; n.FS = nappe de la Font-Sancte ; u.M = unité de Marinet ; u.aM = unité des Aiguilles de Marinet.
f.H = faille des Houerts (le compartiment gauche monte en chevauchement sur le compartiment droit) ; f.rB = faille du Rif Bel (la faille de Panestrel, mal visible, a été délibérément omise pour ne pas surcharger la figure) ; a.M = anticlinal de Marinet ; s.A = synclinal des Aspaturas.


Coupe interprétative de l'entaille des gorges de l'Ubaye au niveau de la Font-Sancte
Légende stratigraphique comme sur la carte géologique Aiguille-de-Chambeyron au 1/50.000° . Les couleurs, qui permettent de distinguer les unités tectoniques, sont celles du schéma d'interprétation rétro-tectonique.
La ligne de tirets qui limite les affleurements de la nappe de la Font Sancte (en bleu) est la faille des Houerts. Les terrains qui formeraient, à gauche de cet accident, la crête de la Pointe d'Escreins ne sont pas représentés sur ce schéma.


Entre la nappe de la Font-Sancte et celle du Châtelet les analogies de constitution stratigraphique sont assez grandes au niveau du Trias et du Jurassique (présence d'un Dogger souvent assez épais), de sorte que ces deux entités avaient été considérées (M. Gidon 1962) comme deux unités d'une même nappe, simplement partitionnée par le jeu de la faille des Houerts. Cette interprétation a été abandonnée au vu des différences de succession qui concernent les termes néo-crétacés et éocènes : les calcschistes du néo-crétacé (marbres en plaquettes) sont en effet très épais dans la nappe de la Font-Sancte, alors qu'ils sont minces, voire absents et remplacés par du flysch noir dans celle du Châtelet.

Dans la montagne du Pic de Panestrel lui-même s'observent deux structures qui interfèrent l'une avec l'autre :

- le synclinal des Aspaturas, dont le coeur de marbres en plaquettes est évidé en une combe longeant le versant sud-ouest du sommet. Il est nettement déversé vers l'est et son flanc oriental est affecté d'un repli anticlinal, déversé dans le même sens, dont la charnière affecte la barre du Malm au sommet même du pic.

La formation du synclinal des Aspaturas est sans doute due à un rebroussement en crochon*, lors du mouvement rétroverse de la nappe du Châtelet par dessus la nappe de la Font-Sancte, par le jeu de la faille des Houerts.

- la faille de Panestrel, cassure extensive NS qui passe à mi hauteur du flanc sud-ouest de la pyramide sommitale. Elle fait partie de la famille des trois failles qui parcourent la nappe de la Font-Sancte du SE au NW (voir schéma ci-après).

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Les abrupts sud-orientaux du pic de Panestrel vue prise de l'est, depuis les pentes orientales du vallon de Mary.
ØFS = surface de chevauchement de la nappe de la Font-Sancte ; FP = faille de Panestrel.
f.H
= faille des Houerts : l'emplacement de la surface de chevauchement de cette cassure (enlevée ici par l'érosion) est approximativement indiquée, dans le ciel, pour montrer que le renversement, vers le NE, du Jurassique du flanc sud-ouest du synclinal des Aspaturas est attribuable à son jeu rétroverse (les demi-flèches indiquent le sens de cisaillement correspondant).

Il est remarquable que le pli qui affecte le Jurassique et les marbres en plaquettes du sommet de Panestrel n'existe que dans le compartiment sud (surélevé) de la faille ; en outre, il n'existe pas dans le Trias sous-jacent : cela implique une désolidarisation ("dysharmonie* par décollement") au niveau des schistes du Dogger inférieur. Le déversement vers le NE de ce pli suggère également une déformation lors de mouvements "rétroverses", vers le NE.


La face nord du Pic de Panestrel, vue du nord-ouest depuis la crête de la Main de Dieu.
f.P = faille de Panestrel ; f.H = faille des Houerts

La structure des environs du Col des Houerts est d'une grande complexité de détail ; mais pour l'essentiel elle traduit le fait que le matériel de la nappe du Châtelet a été refoulé d'ouest en est (donc en "rétro-chevauchement"*) sur celui de la nappe de la Font-Sancte.

En effet on voit au NW du Pic de Panestrel les couches jurassiques de ce sommet, redressées au delà de la verticale, se prolonger dans le versant NE de la Pointe d'Escreins : elles y forment le ressaut saillant de la Barre des Chèvres et y être coiffées par le chapeau dolomies triasiques qui forme l'essentiel de ce sommet.

On peut hésiter à attribuer cette surface de chevauchement à un rejeu rétroverse de la seule nappe du Châtelet ou au jeu de la faille des Houerts, affectant cette nappe en même temps que son soubassement (c'est-à-dire la nappe des Aiguilles de Chambeyron) ou aux deux combinés. Quoi qu'il en soit il est assez clair que c'est à un crochon* d'entraînement induit par ce mouvement à vergence NE qu'il faut attribuer le rebroussement qui affecte les seules couches du Jurassique et du Crétacé (et pas celles du Trias) de la nappe de la Font-Sancte.



Le versant méridional du col des Houerts, vu du collet du Lac Bleu (cliché original obligeamment communiqué par M. G. Deleuil).
n.aC = nappe des Aiguilles de Chambeyron (affleurements de calcschistes le long du sentier en contrebas du colmatage par le glacier rocheux) ; n.FS = nappe de la Font-Sancte ; f.H = faille des Houerts (les demi-flèches indiquent que "n.aC" est ramené en chevauchement sur "n.FS" dont les couches sont tranchées presque orthogonalement) ; ØCh = surface de chevauchement (les demi-flèches indiquent que "n.Ch" est ramené en chevauchement sur "n.FS".
Øs (a,b,c,d) = principales surfaces d'imbrication des écailles qui fragmentent le matériel de la nappe du Châtelet.
a.wS = flanc est de l'anticlinal occidental de la Selette (voir la page "Haut Rif Bel").

Au SW de la Pointe d'Escreins la crête du Col des Houerts (qui se poursuit au delà jusqu'au Pic des Houerts) se caractérise par une juxtaposition disparate de panneaux rocheux de nature variable. Ils sont séparés par des failles assez fortement pentées qui coupent la crête presque orthogonalement. l'interprétation la plus vraisemblable est qu'ils représentent des écailles imbriquées résultant de la fragmentation de la nappe du Châtelet soumise à un écrasement NE-SW.

La cause de cet écrasement peut être aisément trouvée dans la résistance due à l'affrontement du bord oriental de la nappe du Châtelet avec le matériel de celui de la nappe de la Font-Sancte, qu'elle a rebroussé devant elle en y créant le synclinal des Aspaturas (schéma ci-dessous).



Bloc perspectif schématique des chaînons situés au nord-ouest de la Font-Sancte, vu du NW dans l'axe des plis.
FFS, FRB et FP sont les failles extensives anciennes (FFS = faille de la Font-Sancte, FRB = faille du haut Rif Bel, FP = faille de Panestrel).
n.A (grisés) = nappe d'Assan ; n. FS = nappe de la Font-Sancte ; n. Ch = nappe du Châtelet
L'axe du synclinal des Aspaturas passe par le sommet du Pic de Panestrel. Le sommet nord de la Font-Sancte est formé de calcschistes néocrétacés qui forment le coeur d'un "synclinal de la Partietta", dont le Pic des Heuvières représente le flanc nord-oriental. (ces plis sont représentés, mais non dénommés ici).

Les écailles du col des Houerts constituent un dispositif qui se poursuit vers le nord dans la partie haute du vallon de la Selette, jusque vers l'altitude de 2500 où il disparaît, masqué par les éboulis, comme sur le versant sud. Tout indique qu'il doit également y être tranché plus bas, vers l'altitude de 2400, par la surface de chevauchement de la nappe du Châtelet (voir la page "Haut Rif Bel"). Sous elle affleurent dans le vallon de la Selette les calcschistes de l'unité inférieure du Guil, qui sont dans la même situation que ceux de la nappe de l'Aiguille de Chambeyron et en représentent donc le prolongement septentrional.

Le matériel constitutif de ces écailles n'a rien qui atteste particulièrement de son appartenance à la nappe du Châtelet. Au contraire on y observe, notamment au revers est du piton 2975, le contact stratigraphique direct des marbres en plaquettes sur les calcaires triasiques (sans la succession habituellement intercalaire du Trias supérieur - Dogger - Malm).
Mais en fait cela est simplement en accord avec le fait que la marge orientale des affleurements de cette nappe montre effectivement, dans le chaînon du Vallon Laugier, au flanc est de l'anticlinal occidental de la Selette, cette réduction stratigraphique : or c'est précisément au prolongement de ce pli rétro-déversé que semble bien se rattacher le Trias calcaire du piton 2975.

 

 


consulter l'aperçu d'ensemble sur le massif d'Escreins
consulter l'aperçu structural général sur la zone briançonnaise méridionale

cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Aiguille de Chambeyron

Carte géologique simplifiée des montagnes de Vars et d'Escreins
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074

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