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Relief de la Chartreuse

B/ RELATIONS ENTRE LES GRANDES LIGNES DU RELIEF ET LES DISPOSITIONS TECTONIQUES MAJEURES


1) Le trait le plus typique du relief du massif de la Chartreuse est son fort cloisonnement en dépressions orientées nord-sud (donc longitudinales par rapport à l'allongement du massif).

Ceci résulte de ce que l'effet principal de l'érosion a été de disséquer des plis qui ont cette orientation nord-sud. La forte influence directrice de ce plissement sur l'érosion est due à son intensité et surtout au fait qu'il se soit fait de façon bien réglée, sans entrecroisements de plis.

Ce n'est pas ce que l'on ne trouve dans d'autres massifs, principalement ceux des Alpes du Sud (notamment les chaînons subalpins méridionaux du Diois, des Baronnies, du Gapençais et du pays dignois), où plusieurs étapes de déformation, d'orientation différente, se sont superposées en donnant des entrecroisements de structures : le relief n'y montre plus des lignes directrices aussi nettes.

La dissection des plis a eu généralement pour effet de mettre en relief les dalles rocheuses les plus résistantes parmi les couches de leurs flancs. Ces dalles, plus ou moins redressées, qui constituent maintenant l'ossature de la Chartreuse, sont donc orientées de façon nettement prédominante selon cette direction nord-sud.

La photo ci-après en donne une illustration frappante :


(cliquez sur les sites où le curseur se transforme en main pour déterminer leur nom et aller à la page les concernant)

La Chartreuse, vue au couchant, depuis le sud-ouest (d'avion)
Cet éclairage souligne les crêts parallèles qui s'allongent du nord au sud du massif. Noter la largeur de la dépression interne de la Chartreuse orientale (au milieu de laquelle se dresse le sommet de Chamechaude).

 


Une autre vue d'avion du massif, prise suivant un axe orienté comme celui des plis (c'est à dire depuis le sud, avec le regard plongeant vers le nord), outre qu'elle montre bien l'enchaînement de ces plis, permet de mesurer l'importance des dépressions ouvertes du fait de la dissection des dalles calcaires par l'érosion.

2) Le rôle joué par les failles, pourtant nombreuses, n'est aucunement fondamental pour l'organisation d'ensemble du relief du massif (pas plus que dans les autres massifs subalpins d'ailleurs). En particulier elles ne déterminent pas le tracé des vallées (qui ne les suivent jamais que brièvement et passagèrement). Par contre ces failles, principalement celles orientées NE-SW, expliquent beaucoup d'aspects de détail du relief, notamment le découpage transversal en plusieurs tronçons des grandes crêtes rocheuses allongées N-S et la situation de la plupart des points de franchissement des lignes de falaises (voir plus loin pour plus de détails) .

3) On trouve à l'intérieur du massif diverses directions de vallées, mais ces directions se ramènent essentiellement à deux, un peu comme sur ses marges (voir plus haut en introduction) :

- Deux vallées importantes seulement, celles du Guiers Vif et du Guiers Mort, sont orientées sensiblement est-ouest et traversent en cluses les plis du massif. On constate qu'elles ne suivent jamais des cassures transversales à ces plis (celles-ci sont d'ailleurs orientées NNE-SSW) et n'ont donc pas été dirigées par de telles structures. Elles correspondent donc vraisemblablement, comme les cluses de l'Isère et de Chambéry, à de très anciens lits dont le début de creusement a été le fait des premières rivières qui dévalaient selon la plus grande pente sur les flancs de la chaîne alpine naissante (elles ont été "surimposées").

Processus de la "surimposition" pour expliquer les cluses

Le cours final de la rivière (2), oblique aux structures, résulte d'un simple enfoncement sur place à partir d'un cours ancien (1) dont le tracé n'était pas influencé par les structures (encore enfouies) mais dirigé par la pente générale des flancs de la chaîne.

- Les nombreuses vallées orientées presque nord-sud sont quant à elles nettement guidées par les structures plissées : elles sont en effet le plus souvent installées dans le coeur des plis anticlinaux, éventrés et affouillés parfois de plus de 2000 m, ou dans leurs flancs, parallèlement à l'allongement de ces plis. Ce trait de relief, qui fait coïncider les vallées avec les zones bombées de la structure, est bien connu sous le nom d'inversion du relief et le massif de la Chartreuse souvent cité en exemple à cet égard. Ces vallées longitudinales ont du se creuser à la fois vers le nord et vers le sud, à partir des vallées initiales (orientées est-ouest), par installation d'affluents latéraux (tandis que les vallées initiales se sont en même temps encaissées transversalement aux plis, les traversant en "cluses").

Il est à noter que différents faits portent à penser qu'une étape d'aplanissement des chaînons subalpins était intervenue avant l'entrée en action de la dissection des reliefs par les rivières (voir la page spéciale) : c'est vraisemblablement cet aplanissement préalable qui est fondamentalement à l'origine de l'inversion du relief.

4) Les relations entre la topographie et la disposition des couches du sous-sol ont depuis longtemps été codifiées en un certain nombre de catégories de reliefs, par les géomorphologues (= géographes spécialisés dans l'étude du relief). La Chartreuse est un véritable musée des formes de relief en pays plissé, car elle en présente pratiquement des exemples de chaque type.

Concernant cet aspect des choses, il importe de bien faire la distinction entre la notion de structure tectonique, dans laquelle seule compte la géométrie plus ou moins compliquée de l'ensemble des couches, et celle de relief structural, qui s'intéresse au résultat de l'érosion sur quelques unes seulement de ces couches.
C'est ainsi qu'un val* n'est pas un synclinal mais le résultat du dégagement plus ou moins parfait de l'une des surfaces de couches de la pile stratigraphique qui est ployée par un synclinal. Il est donc erroné, bien que coutumier, de parler de "synclinal perché" pour désigner une portion de val isolée par l'érosion : on devrait dire un val perché.

Cette distinction est particulièrement souhaitable lorsque l'on raisonne sur la disposition dans l'espace de l'un ou l'autre des éléments d'une structure tectonique. C'est ainsi que l'orientation d'un crêt* est le plus souvent notablement différente de celle du flanc de pli dans lequel ce crêt est entaillé (ceci en fonction de la disposition du rebord de l'entaille, qui n'est jamais parfaitement horizontale et souvent très inclinée, ce qui lui donne une forte obliquité par rapport à l'azimut des couches).
C'est ce qui est à l'origine de la fréquence la disposition qualifiée de "V" topographique, qu'affecte l'arête d'un crêt (ou le ressaut à flanc de pente d'une barre rocheuse), lorsqu'elle est entaillée (plus ou moins transversalement) par une vallée ou un ravin. On ne peut que souligner l'importance qu'il y a de reconnaître et de comprendre ces dispositions morphologiques pour ne pas faire d'erreur dans l'interprétation tectonique.

Enfin, en ce qui concerne le dessin, sur la surface topographique, des abrupts de couches repères tranchées par les failles, le fait que la présence de la faille a tendance à guider l'érosion et à déterminer ainsi des entailles obliques à la direction générale des lignes de relief induit des résultats assez compliqués. On en trouvera des illustrations au chapitre C, ainsi que dans les pages des lieux de Chartreuse affectés par de grandes cassures (Col de l'Alpette, Col de l'Alpe, Col de Bellefond, Roche Veyrand).


Pour en savoir plus sur la morphogénèse en Chartreuse consulter les publications n° 168, 175 et 178
chapitre C (aspects de détails des relations relief - structure)

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