Le Buet

crête de la frontière franco-suisse à l'est de Sixt

Vue d'ensemble du Haut Giffre, d'avion, depuis l'aplomb de Megève.

La montagne du Buet revêt, surtout vu de l'est depuis le massif des Aiguilles Rouges, l'aspect d'une grosse coupole, ce qui l'avait fait désigner du nom de "Mont Blanc des Dames". Ceci est dû au fait que, à l'exclusion de son soubassement oriental formé par les terrains cristallins du massif des Aiguilles Rouges, il est exclusivement constitué d'alternances de calcaires argileux et de schistes d'âge jurassique moyen et liasiques (ces derniers dans l'ensemble plus calcaires).

image sensible au survol et au clic

Le Buet (versant sud) et le haut vallon de la Diosaz
vus du sud-ouest, depuis la Tête de Moëde.
s.pa = surface de la pénéplaine anté-triasique ; ØCh = chevauchement des Chaux ; ØFo = chevauchement d'Anterne (?) ; ØS = surface de chevauchement de la couverture subalpine ; s.C = synclinal de Commune ; a.B = anticlinal du Buet ; s.sB = synclinal du sommet du Buet (ces plis ont des axes N70 c'est-à-dire obliques au regard, s'éloignant plutôt de la gauche vers la droite) ; tous ont leur plan axial basculé vers la gauche, de la même façon que la surface de la pénéplaine anté-triasique.
"M" = marbres du Jurassique supérieur ; "tgr" =grès basaux du Trias.

Les terrains sédimentaires du Buet garnissent le versant occidental du massif cristallin des Aiguilles Rouges en montrant une belle accordance de pendage de ses strates par rapport à la surface de la pénéplaine anté-triasique. Comme plus au nord (voir la page "Emosson") ou plus au sud (voir la page "Anterne") ces couches montrent dans l'ensemble une polarité à l'endroit et leur partie basse, qui repose sur le Trias collé au socle est liasique : tout ceci porte à considérer qu'elles reposent de façon normale, stratigraphique, sur le socle cristallin.


Toutefois les couches triasiques de la couverture sédimentaire des Aiguilles Rouges supportent un niveau pluri-décamétrique de terrains calcaires qui a été daté, notamment en Suisse à Vieil Emosson, du Jurassique supérieur. La succession du Buet repose donc sur cette couverture autochtone véritable, qui est très réduite, par un contact tectonique que l'on peut appeler surface de charriage de la couverture subalpine plutôt que "chevauchement de la nappe de Morcles" comme on l'a souvent fait (voir la page "nappe de Morcles").

image sensible au survol et au clic

Le versant E-SE du Buet, vu du sud-est depuis l'Aiguille du Belvédère (cliché original obligeamment communiqué par M. M. Petetin).
On distingue admirablement la discordance des couches secondaires sur les bandes de terrains métamorphiques du socle cristallin, par l'intermédiaire de la surface de la pénéplaine anté-triasique (s.pa).
Le repli du sommet du Buet est tranché par le versant très peu en oblique par rapport à son axe, ce qui en déforme le dessin dans le sens d'un étirement (il est déversé vers l'arrière droit). ØS = surface de chevauchement de la couverture subalpine ; M = marbres du Jurassique supérieur reposant sur les dolomies triasiques.

Si les couches sédimentaires des pentes supérieures du Buet ont une grande épaisseur c'est parce qu'elles y sont redoublées plusieurs fois par un système de chevauchements associés à des plis couchés. Les plus élevées du dispositf sont visibles sur le versant sud dans le haut vallon des sources de la Diosaz, où elle prennent naissance en se branchant à angle aigu sur la surface du charriage subalpin.

image sensible au survol et au clic
Le versant sud-oriental de la crête raccordant le Buet aux Frettes de Villy, Vue du SE depuis l'Aiguille de Bérard. (cliché original obligeamment communiqué par M. M. Petetin).
voir la suite du paysage vers la gauche à la page "Anterne".
ØS (en orangé) = surface de chevauchement de la couverture subalpine ; ØA (?) = surface du chevauchement d'Anterne "naissant" (affleurements non indiqués sur les cartes géologiques) ; ØCh = chevauchement du col de la Chaux.
f.tM = faille de la Tête de Moëde ; f.Ch = faille (supposée) du vallon des Chaux ; f.cC = faille du Col des Chaux.
"s.pa" = surface de la pénéplaine anté-triasique ; "M" = calcaires clairs massifs (jurassique supérieur ) recouvrant les dolomies triasiques ; "Lc" = "Lias calcaire" hettangien-carixien ; "Aa" = "Lias schisteux" aalénien-toarcien. N.B
Cette vue permet de constater qu'aux environs du col des Chaux la barre calcaire bajocienne montre d'est en ouest une importante réduction stratigraphique de son épaisseur (ce qui n'aide pas à la repérer plus à l'ouest).

Ces dislocations peuvent être analysées de façon complète dans le versant occidental du Buet, car il est profondément évidé par le cirque des sources du Giffre des Fonds, dont les flancs sont entaillés de ravins qui donnent des coupes diversement orientées (toutefois l'impossibilité de parcourir ces abrupts laisse planer quelques incertitudes de détail). La partie inférieure du cirque des Fonds montre les termes inférieurs, liasiques, affectés par ces imbrications ; elle en atteint les termes inférieurs car elle met à nu leur semelle triasique (ici dépourvue de marbres du Jurassique supérieur), mais n'atteint pas le socle cristallin.

image sensible au survol et au clic

Le versant ouest du Buet et le cirque des Fonds vus du sud-ouest, depuis la Pointe de Sales.
ØB = chevauchement du Buet ; Ø.Ch = chevauchement des Chaux, qui prolonge apparemment le précédent ; ØA = chevauchement d'Anterne ; ØG = chevauchement de la Guvre** (il semble prolonger le précédent à l'E du ravin des Chaux et pourrait se poursuivre par celui de Commune) ; ØFo = chevauchement des Fonds (il correspond sans doute plus au N, dans le Fer à Cheval à celui de Finive) ; ØVi = chevauchement de la Vire du Buet (il semble prolonger le précédent à l'E du ravin des Chaux).
**N.B. La Guvre est une étroite et profonde entaille creusée par le torrent septentrional du Plan du Buet et dont le tracé est difficile à distinguer sur le cliché : c'est à tort qu'il est indiqué comme dû à une faille sur la carte géologique.
s.sB = synclinal du sommet du Buet . a.B = anticlinal du Buet (au niveau du Tithonique son flanc inverse constitue la crête du Grenier et des Frettes de Commune, jusqu'au refuge de Grenairon) ; s.C = synclinal de Commune : son contenu de Berriasien affleure surtout dans les pentes septentrionales, opposées de ces crêtes ; il est visible dans le versant sud-est du Grenier de Commune parce que le Tithonique de sa charnière y est crevé par l'érosion).
Ces plis couchés sont déversés vers le nord - nord-ouest et sont vus ici pratiquement selon leur axe (N60). Leurs plans axiaux deviennent plongeants vers le nord dans la moitié gauche du cliché car ces plis sont reployés par d'amples ondulations (en rouge) : a.P = anticlinal des Platières ; s.P = synclinal de Platé.
vues montrant la suite du paysage vers la droite et vers la gauche


Il y apparaît que les écailles chevauchantes s'amortissent du côté NW (opposé à leurs racines, sud-orientales) par la formation de couples de plis anticlinal-synclinal fortement déversés : celui du Buet est particulièrement spectaculaire.

image sensible au survol et au clic

Détail du versant occidental du sommet du Buet vus du sud-ouest, depuis la Pointe de Sales.
s.C = synclinal de Commune ; ØB = chevauchement du Buet, par étirement du flanc inverse couché du pli suivant ; a.B = anticlinal du Buet ; s.sB = repli synclinal supérieur de l'édifice tectonique visible.
Les 3 petits schémas montrent l'attitude de la stratification : toutes les couches (même celles du flanc supérieur de l'anticlinal couché) pendent faiblement vers l'ouest, du fait que l'on est déjà là dans le flanc ouest de l'ondulation anticlinale des Platières).

On y voit d'autre part que les surface de chevauchement y sont ployées en une demi-voûte antiforme déjetée vers le NW. De ce fait les surfaces de glissement et les plans axiaux des plis pendent de plus en plus nettement vers le nord-ouest de la montagne. Cela a pour effet que les plis sont non seulement couchés mais que leurs têtes anticlinales "plongent" de ce côté (contrairement à leur attitude "normale" qui les ferait s'élever, dans le sens du déversement, sur le pli chevauché). Ceci est dû à ce que tout l'empilement de ces structures est reployé par trois amples et larges ondulations, savoir le synclinal du Criou, l'anticlinal des Platières et le synclinal de Platé.

Cette attitude "paradoxale" est particulièrement illustrée, du côté nord-ouest du cirque, par la crête annexe Grenairon - Grenier de Commune, qui constitue le contrefort occidental de la montagne et dont le versant NW tombe sur la vallée du Giffre. Elle est sculptée dans les terrains plus élevés de la série stratigraphique, c'est-à-dire le Jurassique supérieur et le Crétacé inférieur, qui enveloppaient la crête du Buet mais que l'érosion a supprimés sur cette crête jusqu'au vallon d'Anterne inclus (voir la page "Anterne").

 Ce pendage vers le NW des plans axiaux est en fait celui de la surface de la pénéplaine anté-triasique du flanc occidental du bombement de socle cristallin du massif des Aiguilles Rouges et il résulte donc clairement de la formation de ce dernier, qui a basculé vers le NW des plis formés antérieurement. En fait on retrouve là un schéma qui est général à tous les confins entre massifs cristallins externes et chaînes subalpines dans les Alpes françaises septentrionales).

 

Les larges ondulations que sont le synclinal du Criou l'anticlinal des Platières et le synclinal de Platé affectent l'ensemble de la couverture, y compris ses plis couchés : ce sont donc vraisemblablement l'écho de saillies et de creux affectant la surface du socle cristallin ; il est à présumer qu'elles sont plus brutales dans ce dernier que leur expression, amortie, dans la couverture : elles pourraient donc éventuellement correspondre à des marches d'escalier dues à des paléo-failles parallèles à celle de Chamonix, mais d'importance plus mineure.

aperçu général sur le massif de Sixt



cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuilles Chamonix et Cluse

.

Carte géologique très simplifiée des environs de Sixt
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074.

Avoudrues

Fer à Cheval

Emosson
Sixt LOCALITÉS VOISINES (Aig. du Belvédère)

Anterne

(Diosaz)

(Brévent)
N.B. Les localités entre parenthèses appartiennent à une autre section du site et leur page s'ouvrira avec l'en-tête correspondant.

 accueil section CHABLAIS

début de la page

sommaire de GEOL_ALP

Aller à la page d'accueil du site
Dernières retouches apportées à cette page le 19/03/18