Roche Gauthier, Lenlon, vallon de Granon
crêtes de rive droite de la Clarée entre Névache et Val des Prés

La crête N-S de Roche Gauthier, au nord-est du col du Granon, représente la retombée* orientale de l'anticlinorium de la zone houillère briançonnaise, qui montre bien là son renversement progressif vers l'est, grâce à la préservation par l'érosion de sa couverture de terrains d'âge secondaire. En effet les couches, à peu près verticales sur la crête, se renversent en contrebas et prennent un pendage vers l'ouest qui devient même inférieur à 45° dans les pentes inférieures des rochers, notamment le long de la route militaire qui mène du col du Granon au fort de Lenlon.

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La partie méridionale de la crête de Roche Gauthier, vue d'enfilade, du sud, depuis la crête de Peyrolle (point 2581).
u.RG = unité de Roche Gauthier, en série renversée ; f.L = faille de Lenlon ; u.L = unité de Lenlon, en série à l'endroit (seule la partie tout-à-fait supérieure de la succession de cette unité est visible sur ce cliché).
N.B. : l'unité des Granges n'est pas visible sur cette transversale (contrairement à ce qui se passe plus au sud à la crête de Peyrolle), car elle se biseaute contre la faille de Lenlon avant d'atteindre le fond du vallon de Granon.


La façade orientale de la crête N-S de la Roche Gauthier est donc l'abrupt d'un crêt dont la particularité est de montrer, en succession renversée, la série stratigraphique de cette unité (cette succession est visible en continu sur l'arête orientale de la montagne, qui se dirige vers le Fort de Lenlon).

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La Roche Gauthier et sa crête septentrionale, vues de l'est, depuis le Fort de Lenlon.
f.L = faille de Lenlon ; f.rG = faille de Roche Gauthier :
noter la morphologie, clairement diversifiée, des formation quaternaires du haut vallon du Creuzet.


Cette série stratigraphique se caractérise par un Trias calcaire relativement mince (réduction des calcaires ladiniens) et surtout par l'absence de lacune dans sa succession jurassico-crétacée : on y voit les calcaires du Dogger passer en continu à des calcschistes sans doute callovo-oxfordiens puis à des calcaires plaquetés à zones siliceuses du Jurassique supérieur-Crétacé inférieur et enfin aux marbres en plaquettes du Crétacé supérieur-éocène.

La succession de ces couches est d'autre part décalée, immédiatement au nord du sommet, par une faille transverse oblique à la crête, qui abaisse son compartiment septentrional. Cette faille de la Roche Gauthier, orientée NE-SW, est en fait un décrochement dextre qui juxtapose les couches sub-verticales de la charnière anticlinale, constituant le sommet, à celles du flanc inverse, modérément inclinées vers l'ouest, formant la crête du Raisin et, à l'ouest du sommet, celle du Pasquier (formée par les terrains siliceux, quartzites et Verrucano, de la base stratigraphique de la succession) ; elle semble se prolonger vers le SW au moins jusqu'au col de Granon, même si le tracé intermédiaire est largement masqué par les formations superficielles, éboulis et alluvions glaciaires, des vallons de Privan et des Cibières.

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Les alpages de Lenlon, vus du sud depuis le point coté 2390 de la crête de la Charmette (chaînon de Peyrolle).
u.rG = unité de Roche Gauthier ; u.L = unité de Lenlon ; f.L = faille de Lenlon ; a.L = anticlinal de Lenlon.
"tk" = affleurements de cargneules et de gypse, sans doute en olistolites au sein du flysch noir ("fn").


Du côté oriental de la crête de Roche Gauthier, la montagne d'alpages de Lenlon est séparée de celle de la Roche Gauthier par une faille majeure orientée N-S, la faille de Lenlon. De part et d'autre de cette cassure on passe d'un monde structural à un autre : en effet les couches de la montagne de Lenlon décrivent une vaste voûte anticlinale où elles sont disposées à l'endroit (et non à l'envers). Dans le versant oriental, qui tombe rapidement sur la Clarée, les calcaires triasiques et jurassiques de cette unité de Lenlon sont dénudés en une sorte de carapace. Par contre en haut de ses pentes la voûte anticlinale a assez largement conservé son enveloppe de calcschistes néo-crétacés et de flysch noir, sur lesquels se développent les alpages des douces pentes du fort de Lenlon.

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La rive droite (occidentale) de la vallée de la Clarée vue du sud-est, depuis le lacet 1660 de la route N94, (montée à Montgenèvre).
d.B = prolongement sud-oriental du décrochement de Buffère ; f.L (en rose) = faille de Lenlon ; a.L = anticlinal de Lenlon (et de l'Infernet) ; f. Cl (en rouge) = faille de la Clarée (elle traverse la vallée en diagonale très aiguë).
u.rG = unité de Roche Gauthier (en série renversée) ; u.En = unité de l'Enrouye (prolongement septentrional probable de celle de la crête des Granges) ; u.L = unité de Lenlon (les tirets jaune-orangé soulignent les niveaux cargneuliques, peu épais ici, de la base de la succession carbonatée); u.cE = unité du col de l'Échelle (voir page Échelle).


Du côté sud de ces alpages l'entaille transversale de la vallée de Granon donne une belle coupe transversale de l'anticlinal de Lenlon dont le cœur de matériel siliceux permo-triasique se développe au sud du vallon du Granon dans les bois de l'Infernet (plus de détails la page "Val-des-Prés").

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La rive droite de la Clarée, immédiatement en aval du coude du Fort de l'Olive, vue depuis le sommet de Guiau.
u.rG = unité de Roche Gauthier, renversée mais quasi autochtone par rapport au Houiller briançonnais ; f.L = faille de Lenlon ; u.L = unité de Lenlon, disposée en anticlinal à cœur de gypses et cargneules ; f.Cl = faille de la Clarée ; u.cE = unité du col de l'Échelle.
a.L = retombée est de la voûte anticlinale de Lenlon ; f.O = faille de l'Olive ; f.rG = faille de Roche Gauthier.
(suite de ce cliché vers la droite au cliché suivant)

Le pied oriental des dalles structurales de la retombée orientale de l'anticlinal de Lenlon est tranché, au pied de leurs escarpements, par la faille de la Clarée (au sud du débouché du ravin de Granon son tracé s'écarte de la rive occidentale de la vallée et disparaît sous les alluvions qui garnissent alors son fond).

Cet accident se manifeste là par une bande de cargneules qui héberge une lame disloquée de quartzites triasiques et de Verrucano. Sa situation est la même que celle du col des Thures, puisque cette lame tectonique est plaqués, du côté est, contre les calcaires triasiques de l'unité de l'Échelle. En effet le fond de la vallée de la Clarée est creusé dans les calcaires anisiens de cette unité. Replissés mais en prédominance renversés, ils affleurent en pointements sous les formations quaternaires, en plusieurs endroits du lit de la rivière, entre Plampinet, en amont et Le Plan en aval : leur continuité est évidente avec les couches de même âge, appartenant à cette unité du col de l'Échelle, qui forment le pied du chaînon de Pécé (voir les pages "Val-des-Prés" et "Pécé").

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La rive droite de la Clarée, au niveau du coude de sa vallée (Plampinet), vue depuis le sommet de Guiau.
u.rG = unité de Roche Gauthier, renversée mais quasi adhérente par rapport au Houiller briançonnais ; f.L = faille de Lenlon ; u.L = unité de Lenlon, disposée en anticlinal à cœur de gypses et cargneules ; f.Cl = faille de La Clarée.
(ce cliché fait suite vers la droite au cliché précédent et trouve sa suite, vers la droite, à la page "Névache" )

Du côté nord des alpages du Fort de Lenlon la carapace jurassique de l'anticlinal de Lenlon est tranchée par la profonde entaille de la Combe Lardière (torrent du Creuzet), un peu symétriquement à ce qui se passe du côté sud dans le ravin de Granon. Comme dans ce dernier elle y montre le cœur de l'anticlinal de Lenlon, mais ici il ne montre pas d'affleurements du soubassement siliceux et il est au contraire constitué par une forte épaisseur de gypses et cargneules.

Cette accumulation évaporitique se poursuit à l'évidence sur le versant septentrional de la vallée de la Clarée, par celle des Thures, sous laquelle réapparaît, plus au nord, une lame renversée de matériel siliceux (l'unité de la Murattière, voir page "Vallée Étroite") : c'est donc peut-être cette dernière unité que prolongent les affleurements siliceux (également renversés) de l'Infernet au niveau de Val-des-Prés.

Quoi qu'il en soit de cette continuité longitudinale des détails structuraux il convient de noter un fait important : c'est l'intercalation d'une bande de terrain ployée en un anticlinal à l'endroit (l'Unité de Lenlon) entre deux compartiments l'un et l'autre renversés et replissés. Le schéma "classique" d'un enroulement de l'ensemble des unités au revers est de la zone houillère par un plissement rétrodéversé ne rend donc pas compte de la structure plicative réelle de ce domaine (en outre il néglige aussi de prendre en compte la présence des grandes failles N-S que sont celle de Lenlon, de La Clarée et des Acles).


aperçu général sur la tectonique de la zone briançonnaise


Carte structurale schématique

légende détaillée à la page cartes du Briançonnais


Carte géologique simplifiée des alentours de Montgenèvre
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

catalogue des cartes locales de la section Briançonnais


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Briançon

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Guiau ; Barrabas
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