Le Caire : rocher de la Fougère

l'étroiture du Grand Vallon en amont du village du Caire

voir l'aperçu d'ensemble sur le Grand Vallon

Le village du Caire, dont le nom a sans doute la même racine que le mot "cairn", doit vraisemblablement ce nom au fait qu'il est dominé par le remarquable piton rocheux du Rocher de la Fougère (sur lequel a été tracée la via-ferrata dite de la Grande Fistoire).

Ce piton représente en fait l'extrémité, en rive droite, de la crête rocheuse que le Grand Vallon franchit par une étroiture et qui se poursuit en rive gauche par l'arête de la Roche des Prises. Elle sépare les deux élargissements du Caire, en aval et du hameau de La Roche en amont.

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Le goulet qui étrangle le Grand vallon en amont du Caire
, vu d'aval, depuis la route forestière de Vermeil (en rive gauche).
ØD = surface de chevauchement de la nappe de Digne ; ØS = chevauchement de l'écaille du Sapet (?) ; f.i1, f.i2, f.i3 = failles inverses à vergence SW (vers l'avant gauche) affectant l'autochtone (plus précisément le flanc NE du synclinal du Caire).
Le cadre rouge délimite le secteur dont on peut voir le cliché agrandi ci-dessous dans cette page.

Cette crête rocheuse est essentiellement armée par une lame de calcaires tithoniques, redressée à la verticale, qui appartient au flanc NE du synclinal du Caire, lequel est l'accident le plus oriental des terrains autochtones de l'anticlinorium de Laragne (voir la page "La Motte du Caire").

En fait elle constitue une véritable barrière du point de vue structural car on pénètre, à son amont, dans un domaine dont la constitution est très différente : c'est celle qui se développe au delà aux environs de Faucon, où la rive droite du Grand Vallon est essentiellement constituée par le lobe NW de la nappe de Digne, tandis que sa rive gauche est surtout formée par des couches nummulitiques qui sont imbriquées par les écailles de Faucon.

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Un détail du revers du Rocher de la Fougère (vue agrandie de la partie encadrée du cliché précédent).
Cet agrandissement permet de distinguer la constitution de l'écaille de La Roche : une mince lame de molasses rouges y repose directement sur des Terres Noires : cela indique qu'elle a sans doute été arrachée à l'autochtone relatif des écailles de Faucon.
D'autre part on distingue les replis qui affectent les strates de gypse : ils indiquent sans ambiguïté le sens du mouvement qui a dû entrainer cette écaille tectonique (le compartiment supérieur se déplace vers la gauche, c'est-à-dire vers le SW).

L'étude de cette barrière rocheuse et surtout de son revers amont rèvèle de multiples complications de détail. Elles semblent fondamentalement résulter de deux processus principaux dont les effets se superposent :

- a) un écrasement NE-SW post-oligocène qui a créé notamment le synclinal du Caire mais aussi les plis qui affectent les couches tertiaires de l'autochtone et des écailles de Faucon en amont de La Roche ;

- b) leur débitage par des surfaces de failles compressives à pendage vers le NE, que l'on doit sans doute attribuer principalement à l'avancée de la nappe de Digne, plus précisément à un effet d'entraînement sous cette dernière.

- en rive droite (La Roche) on observe de façon particulièrement claire le débitage en lames imbriquées qui affecte le substratum de la nappe, qu'il appartienne à l'autochtone du Caire (Jurassique supérieur et Crétacé inférieur) ou au matériel constitutif (Terres Noires et Oligocène) des écailles de Faucon. C'est également à ce dernier ensemble (plus précisément à l'écaille du Sapet) qu'il faut sans doute rattacher la masse triasique des pentes de La Roche car elle est coiffée par un chapeau de conglomérats et molasses rouges oligocènes.

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La rive nord-ouest du Grand Vallon, vue depuis l'extrémité ouest de la barre rocheuse du Défens (en rive gauche du Grand Vallon).
a.F = anticlinal de La Fougère ; f.i1 = faille inverse inférieure à rejet décrochant sénestre ; ØF = chevauchement de La Fougère ; ØS = chevauchement du Sapet ; ØD = chevauchement de la nappe de Digne (lobe NW).
Le petit schéma en haut à gauche essaye de montrer que le toit du Rocher de la Fougère correspond au sectionnement en biseau de la lame tithonique verticale par le chevauchement de La Fougère.
L'écaille de La Roche est assez clairement une lame détachée de l'autochtone, étirée et entraînée sous le chevauchement du Sapet par le chevauchement de La Fougère : si l'on en juge par sa constitution (molasses rouges directement sur Terres Noires) elle a vraisemblablement été arrachée à la voûte de l'anticlinal du Défens par décapitation de cette dernière.


Au NE du Caire on peut suivre, dans le versant de rive gauche du vallon de La Combe, la surface de chevauchement de la nappe de Digne : elle s'élève vers le sud, frangée en contrebas de façon discontinue par l'écaille de La Roche, jusqu'à atteindre la crête de La Fougère au NE de la bergerie.

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Le versant méridional de la montagne de Malaup, vu du SE, par dessus la crête de rive droite du vallon de Vermeil, depuis le sommet de la Postelle (l'avant-plan - ici supprimé - de ce cliché est visible à la page Vermeil).
ØF = surface chevauchement de l'"écaille" de Fleurans (voir la page "La Saulce") ; ØD = surface de chevauchement de la nappe de Digne ; a.Ch = anticlinal des Chanderettes ; s.C = synclinal du Caire.

 La base liasique de cette nappe, frangée par une lame triasique affleure sur la crête même qui descend depuis le sommet de Malaup vers le torrent de La Combe. Ce dernier la franchit à une distance de 1,5 km en amont du village du Caire (lieu-dit "la Pierre de Fabre") et y montre que les cargneules triasiques recouvrent l'autochtone par l'intermédiaire d'une "écaille tectonique" qui y a été traînée sous la nappe : elle comporte quelques bancs de molasses rouges oligocènes qui reposent sur une lame de Terres Noires.

Il s'agit en fait de l'extrémité nord-occidentale de l'écaille de La Roche qui s'observe au hameau de ce nom dans la coupe naturelle du Grand Vallon (voir plus loin). Sa constitution stratigraphique porte à penser qu'elle correspond au prolongement, fortement laminé, de l'élément inférieur, le plus autochtone, des écailles de Faucon. Elle se prolonge vraisemblablement, dans le versant nord de la montagne, par l'écaille de Fleurans qui s'intercale de la même façon entre nappe et autochtone au NW du sommet de Malaup (voir la page "La Saulce") .

- en rive gauche (La Gypière), la barrière du flanc NE du synclinal du Caire est en outre rompue par la "faille occidentale de Vermeil". Il s'agit d'une faille coulissante dextre dont le tracé, presque N-S, suit, plus au sud, les hautes pentes de la rive occidentale du vallon de Vermeil. Elle vient se perdre là sous les alluvions du fond du Grand vallon mais elle représente assez vraisemblablement le prolongement de la vaille du Grand Vallon qui sépare, plus en amont. la nappe de son autochtone.

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Détail des pentes de rive gauche du Grand Vallon, vues depuis le hameau de la Roche.
f.Va = faille de Valentin ; ØS = surface de chevauchement de l'écaille du Sapet ; f.V = faille de Vermeil (elle est plus N-S que les autres accidents et coupe les plis en biais).

 On note également que la bande de matériel triasique de la Gypière est, sur cette rive, imbriquée dans le système des écailles de Faucon. Elle appartient sans doute plus précisément à l'écaille du Sapet, mais cette attribution n'est pas sans comporter des incertitudes qui sont liées au rôle qu'il faut attribuer au jeu de la faille du Valentin (voir la page "Roche Cline").

La concentration d'accidents tectonique que l'on observe autour du hameau de La Roche semble s'expliquer par le fait que le front d'avancée de la nappe y a été affronté, dans son avancée, au promontoire saillant de l'autochtone que représente le secteur du Caire : ce dernier était en effet doté d'une succession sédimentaire beaucoup plus épaisse que celle plus nord-orientale des écailles Faucon (elle se poursuivait jusqu'au Crétacé moyen alors que ces dernières avaient été débarrassées au tertiaire ancien de toutes les couches supérieures au Terres Noires). La pointe de ce saillant, orientée vers le NE et que limitait du côté oriental la faille de Vermeil occidentale, a alors été rebroussée en formant le le synclinal du Caire et les terrains intermédiaires y ont été écrasés et imbriqués par entraînement sous le charriage.



Carte structurale simplifiée des montagnes à l'est du Caire (extrait de la publication183 )
A--A = tracé de la coupe ci-après


Carte géologique simplifiée des environs de la Motte-du-Caire
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
catalogue des autres cartes de la section Gap-Digne

carte structurale des chaînons au NE de Sisteron

cartes géologiques à 1/50.000° à consulter : feuille Laragne.

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