Aiguille Croche

extrémité sud-occidentale du chaînon du Mont Joly

 Aperçu d'ensemble sur la structure du secteur Megève - Val Montjoie

L'Aiguille Croche (2487 m) est le point culminant sud-occidental du chaînon du Mont Joly. Elle se situe à l'endroit où ce dernier se termine en faisant place à deux crêtes qui lui sont transversales : l'une s'oriente vers l'ouest jusqu'au col de Véry pour séparer la haute vallée de l'Arly (Megève) de celle d'Hauteluce (Le Dorinet) et l'autre se dirige vers le SE jusqu'au col du Joly en séparant cette dernière vallée du val Montjoie (Les Contamines, le Bon Nant).

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  Le versant sud-ouest de l'Aiguille Croche (vallée du Dorinet), vu du sud depuis les environs du chalet de la Ruelle (route D.70, du col du Joly)
commentaires plus détaillés plus loin dans cette page.

La structure de la montagne présente une grande parenté avec celle du Mont-Joly (qu'elle prolonge d'ailleurs géographiquement). Toutefois son interprétation détaillée ne peut se contenter d'une comparaison avec les géométries visibles sur le versant ouest de cette montagne (voir la page Mont Joly) car leur interprétation est encore assez conjecturale. En fait elle s'appuie surtout sur les données plus riches offertes par ses pentes sud-orientales, notamment dans celles qui tombent sur les Contamines (voir la page "Mont Joly") et celle des alpages septentrionaux du col du Joly (voir la page col du Joly), qui seront donc examinées en premier.

a) Versant sud-oriental (rive gauche du haut vallon de Montjoie, drainé par le Nant Rouge).

On parvient sans trop d'incertitudes à suivre dans les raides alpages qui tombent de la crête de Véleray sur les Besoëns et Colombaz les surfaces de chevauchement qui ont permis de mettre en évidence l'imbrication de plusieurs écailles de Lias dans les pentes qui tombent sur les Contamines. Il est à souligner, à cet égard que ces surfaces s'élèvent du nord vers le sud par rapport à la ligne de crête, de sorte qu'elles la recoupent et que l'écaille sommitale et celle du Véleray disparaissent ainsi "dans le ciel" avant le sommet de l'Aiguille Croche.

Cette disposition participe à l'évidence d'une remontée générale des structures qui fait que le bloc de socle cristallin de Montjoie reste largement dénudé jusque haut dans les pentes de rive droite du Nant Rouge et que la voûte du cristallin n'est enveloppée que par ses couches triasiques au niveau du col du Joly. Il est ainsi patent que ce bloc de socle cristallin se prolonge, du sud de la crête du col, par celui de la Grande Pierrière : voir la page "col du Joly").

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Le versant oriental du col du Joly vu des approches nord du refuge de Tré-la-Tête.
éc.mC = écaille médiane de l'Aiguille Croche ; éc.hC = écaille haute de l'Aiguille Croche ; éc.V = écaille du Véleray ; éc.st = écaille du sommet du Joly.
"rh" = Rhétien : couches de passage Trias-Lias de la succession renversée de l'écaille moyenne aux environs des Besoëns. La charnière synclinale couchée qui y est dessinée traduit plus une interprétation des rapports cartographiques des affleurements qu'une véritable observation.
Le Lias de la couverture orientale du bloc autochtone de Montjoie (Tête du Lac de Roselette) se prolonge de façon assez évidente, du côté ouest des affleurements triasiques, par celui de l'écaille haute du Joly.
Les affleurements liasiques du col (partie renversée de l'écaille moyenne) se rattachent plutôt, sur l'autre versant, à la couverture du bloc des Enclaves (voir la page "col du Joly").

En outre on voit se développer dans le vallon du Nant Rouge une grande largeur d'affleurements triasiques, ce qui correspond assez clairement à une accumulation tectonique à la voûte du bloc de socle cristallin de Montjoie. Enfin ce matériel triasique émet du côté occidental un prolongement constitué par la lame de cargneules du versant sud de l'Aiguille Croche, qui jalonne la base de l'écaille haute de l'Aiguille Croche (voir ci-après).

Il s'ensuit que les affleurements liasiques, à l'endroit, que l'on trouve de part et d'autre du vallon du Nant Rouge et du col du Joly, savoir ceux de l'écaille haute de l'Aiguille Croche à l'ouest et ceux de la Tête du Lac de Roselette à l'est, se correspondent et devaient se raccorder avant que l'érosion ait ouvert le col du Joly : la couverture liasique orientale du bloc de Montjoie apparaît donc comme la "racine* du charriage de l'écaille haute de l'Aiguille Croche, lequel s'est produit par décollement, au sein du Trias gypseux, de la voûte de cet anticlinal de socle.

L'écaille moyenne de l'Aiguille Croche apparaît donc comme la couverture du flanc ouest du bloc de Montjoie, débordée quant à elle par l'avancée du flanc oriental de ce bloc. Dans ce contexte il semble que la lame de Rhétien des Besoëns doit être considérée comme un reste de crochon retourné en flanc inverse et entrainé par le chevauchement sous le Trias basal de l'écaille haute ; peut-être cette lame se poursuit-elle d'ailleurs par la mince bande de calcschistes hettangiens qui semble exister sous la lame triasique de l'Aiguille Croche (voir ci-après).

b) Versant sud-occidental (pentes supérieures de rive droite du bassin du Dorinet).

Un fait incontestable est la présence, à flanc du versant sud-est de la pyramide sommitale de l'Aiguille Croche, d'une mince lame de Trias épaisse seulement de quelques mètres, principalement formée de dolomies cargneulisés. Comme elle s'intercale entre deux niveaux de couches qui avaient été rapportées au Lias inférieur par les auteurs les plus récents elle avait été interprétée comme le coeur d'un anticlinal couché. En fait elle correspond plus vraisemblablement au reste complétement effilé du crochon triasique de base de l'écaille moyenne, rebroussé sous le chevauchement de l'écaille haute de l'Aiguille Croche (voir la coupe en fin de page, ainsi que la page "col du Joly").

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L'aiguille Croche, versant sud (haut vallon d'Hauteluce), vue du sud-ouest, depuis les Rochers des Enclaves.
ØJ = chevauchement de l'unité du Mont Joly, se raccordant probablement, au niveau du socle, à l'accident médian de Belledonne (a.mB) ; éc.iC = écaille inférieure de l'Aiguille Croche ; éc.mC = écaille médiane de l'Aiguille Croche ("?" = synclinal présumé, raccordant ces deux unités) ; éc.hC = écaille haute de l'Aiguille Croche ; éc.V = écaille du Véleray.
La lame de matériel triasique qui affleure en contrebas du sommet de l'Aiguille Croche doit se raccorder du côté droit à l'importante masse de cargneules du versant nord col du Joly (non visible sur le cliché).
L'astérisque vert désigne l'emplacement des faunes hettangiennes et l'astérisque bleu celui des faunes sinémuriennes.
L'étoile rouge désigne l'emplacement des affleurements étudiés ci-après.


De fait la disposition des couches porte à penser que la lame triasique de l'Aiguille Croche se raccorde, dans le secteur du "monument funéraire", aux affleurements triasiques du col du Joly. Contrairement à ce qu'indique la carte géologique Saint-Gervais on ne peut donc pas considérer ces derniers comme des klippes flottantes d'une nappe d'origine plus orientale. En réalité ces affleurements se raccordent, plus au sud-est encore, à des amas plus importants de matériel triasique, qui se rattachent finalement à l'enveloppe sédimentaire autochtone des blocs de socle cristallin sous-jacents (voir la coupe en fin de page, ainsi que la page "col du Joly").

En ce qui concerne la disposition des couches du soubassement de l'Aiguille Croche les observations à distance faites à la jumelle dans ses abrupts sud-occidentaux montrent des bandes de froissement (sans flancs inverses) ainsi que l'existence de surfaces de chevauchement, qui y sont repérables par des biseautages de couches. Il semble que l'on peut y distinguer deux, voire trois tranches superposées ("médiane", "inférieure" et "basale"), dont les limites s'observent de façon spécialement probante dans les ravins du descendant immédiatement à l'ouest du sommet mais qui sont difficiles à suivre hors de ce secteur.

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Les abrupts du versant sud de l'Aiguille Croche vus du sud-ouest (dans l'axe des plis), depuis Les Gibloux (N.B. la perspective en contre-plongée raccourcit les distances verticales apparentes).
Le cadre délimite la portion agrandie sur le cliché suivant. Les attributions stratigraphiques sont hypothétiques, basées sur la stratonomie.
Éc.b = écaille basale (?) de l'Aiguille Croche ; Éc.i = écaille inférieure de l'Aiguille Croche ; Éc.m = écaille médiane de l'Aiguille Croche ; Éc.h = écaille haute de l'Aiguille Croche : la base de cette dernière correspond à la lame de Trias : celle-ci est tellement mince et calibrée qu'il est peu probable qu'elle n'ait pas été utilisée comme surface de glissement (même s'il s'agit peut-être, originellement, d'un coeur de pli-couché).
ØJ? = surface de chevauchement de l'unité du Joly (masquée sous les éboulis).



Détail de la lame froissée du versant sud de l'Aiguille Croche, vu du sud-ouest (dans l'axe des plis), au téléobjectif, depuis Les Gibloux.
Le secteur représenté correspond aux ravines situées à l'aplomb de l'affleurement de Trias de la crête ouest de l'Aiguille Croche (secteur localisé par le cadre ci-dessus et par l’astérisque rouge sur la vue d'ensemble du versant.
Ce versant ne montre aucune charnière de pli couché. Par contre il est traversé sur toute sa largeur, par une bande, intercalée entre des strates bien parallèles, où les couches sont basculées et froissées. La disposition des couches de cette bande suggère un débitage en tranches de la pile de strates, par des surfaces de chevauchement (Ø1 et Ø2) dans le cadre d'un cisaillement sub-horizontal (de sens indiqué par les demi-flèches) entre deux écailles probablement distinctes, celle inférieure et une subdivision basale de cette dernière.


La rupture de pente du pied des escarpements correspond à la base des affleurements liasiques. Le talus peu incliné qui lui fait suite appartient à l'unité du Mont d'Arbois (= u.mA) dont les schistes aaléniens (le plus souvent masqués sous les éboulis) reposent directement sur la lame triasique du col de Véry. Celle-ci s'épaissit ici pour former une grande partie des pentes de Gibloux, puis traverse les pentes des Aiguilles et s'y raccorde aux affleurements qui enveloppent l'extrémité septentrionale du bloc cristallin d'Outray occidental (micaschistes chloriteux de la forêt du Revers).
Or c'est là qu'aboutit, à son extrémité septentrionale, l'accident médian de Belledonne (a.mB) : il apparaît ainsi comme la racine* vraisemblable de l'unité charriée du Joly.

c) Versant nord-ouest de la montagne fermant du côté sud le vaste cirque de Megève.

Il montre une succession de talus et de falaises dans laquelle il semble possible de suivre les imbrications reconnues sur les deux autres versants et notamment celui sud-occidental (voir ci-dessus).

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La crête et le versant septentrional de l'Aiguille Croche, vus du NW depuis les abords sud du sommet du Mont Joly.
En avant-plan (arête du Véleray) : ØJ = surface de chevauchement de l'unité du Mont Joly ; éc.V = écaille du Véleray (ØV).
En arrière-plan, le long de la crête occidentale de l'Aiguille Croche : éc.hC = écaille haute de l'Aiguille Croche ; éc.mC = écaille médiane de l'Aiguille Croche ; éc.iC = écaille inférieure de l'Aiguille Croche ; u.mA = unité du Mont d'Arbois.
Sous cette perspective la crête principale est vue en raccourci et une bonne partie est masquée derrière l'arête, beaucoup plus rapprochée, qui s'élève depuis l'épaule du Véleray jusqu'à la Tête du Véleray (en avant-plan par rapport à l'Aiguille Croche).
Dans cet avant-plan on voit l'extrémité sud de la grande vire des Lanches, base de l'écaille du Véleray.
En arrière-plan droit la bosse mamelonnée de l'Etret, qui supporte les téléskis les plus méridionaux de Megève, est formées par un énorme paquet tassé assez disloqué.


Le versant nord-ouest de l'éperon sud-occidental de la montagne (qui se termine au col de Véry après avoir culminé au sommet coté 2283) est en tous cas formé par la barre du Lotharingien - Sinémurien qui constitue le corps de l'écaille inférieure et que coiffe le chapeau hettangien de l'écaille moyenne. Par contre la prolongation de l'écaille basale y est masquée, dans le cirque de l'Ètret un important paquet glissé qui forme la bosse du terminus supérieur des remontées mécaniques. La façon dont cette bosse est mamelonnée témoigne de ce que son matériel doit y être disloqué ; elle est ceinturée à l'amont par la jupe d'éboulis qui longe le pied de la falaise et qui y masque presque totalement la crevasse d'arrachement en la remplissant.

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Le versant nord-ouest de la crête de l'Aiguille Croche (vallon de Megève) vu de l'ouest, depuis le Mont de Vorès (en arrière-plan le Mont Blanc). L'arête ouest est vue d'enfilade.
ØJ = surface de chevauchement de l'unité du Mont Joly.
On remarque du premier coup d'œil le beau parallélisme des couches calcaires, qui pendent ici doucement vers le NW. Cette disposition concerne en fait un empilement d'écailles imbriquées affectant la succession liasique par le jeu de chevauchements dont les surfaces sont presque parallèles :
éc.hte. = écaille haute de l'Aiguille Croche (en arrière-plan) ; éc.moy. = écaille médiane de l'Aiguille Croche ; éc.inf. = écaille inférieure de l'Aiguille Croche ; éc.b = écaille basale de l'Aiguille Croche (?).
La perpective a pour effet de surhausser les entités structurales de la crête occidentale de l'Aiguille Croche (qui culmine au sommet 2283), par rapport à son arrière-plan, constitué par la crête N-S de la Tête du Véleray (pas de notations géologiques sur ce plan).


Le panorama d'ensemble du versant ouest du chaînon (voir la page "Mont Joly") permet de voir que les écailles de l'Aiguille Croche disparaissent en direction du Mont Joly par un biseautage qui est attribué à leur sectionnement par la surface de chevauchement basale de l'Unité du Joly.

 


En définitive la coupe naturelle du versant sud de l'Aiguille Croche et du col du Joly est particulièrement intéressante en ceci que l'on peut y observer les modalités du passage de la tectonique du socle à celle de la couverture (se reporter à la page d'aperçu tectonique, pour un exposé plus circonstancié sur ce sujet).


Schéma d'ensemble de la structure du secteur au sud-est de Megève.
pour améliorer la lisibilité les hauteurs ont été exagérées selon un facteur proche de 2 fois.

u.J = unité du Mont-Joly ; u.S = unité du Sangle ; u.R = unités de Roselette et de Roselend.
f.S = faille de Sallestet ; a.mB = prolongement septentrional de l'accident médian de Belledonne.
Les indications Outray, Enclaves et Grande Pierrière designent les blocs de socle à voûte ployée en anticlinal ("claveaux") de la partie interne du socle cristallin de Belledonne.


Le raccord entre ces deux domaines s'y accompagne notamment d'une inflexion importante des contacts entre les formations, qui passent d'une disposition sub-horizontale des couches liasiques dans les parties hautes à un pendage sub-vertical des limites couverture - socle dans la partie basse.

 Ce changement d'attitude peut être attribué au ploiement (tardif) de la voûte du massif cristallin de Belledonne - Aiguilles rouges. Mais il est certainement dû aussi, pour une large part, au changement de niveau dans l'édifice structural, qui fait passer de la tectonique du socle, à larges voussures séparées par des cassures sub-verticales, à celle de la couverture où prédominent l'aplatissement et le cisaillement sub-horizontal du matériel sédimentaire (ce style se poursuit en effet bien loin, à l'est de la zone du col du Joly, où s'enracinent les plis du chaînon du Joly).


  Documents d'analyse structurale concernant le chaînon du Joly : voir la page "Mont-Joly détails".


Carte géologique simplifiée
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

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