Cours aval de la Bourne, Choranche

Entre Rencurel et Pont-en-Royans

En aval de la Balme de Rencurel la Bourne entre dans ses gorges aval qui séparent par un tracé grossièrement E-W la montagne de la Grande Cournouse (Rochers du Bournillon), au sud, de l'extrémité méridionale de la Forêt des Coulmes (Rochers du Ranc), au nord.

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La vallée de la Bourne, en amont de Choranche, vue du sud-ouest , depuis le belvédère de la Petite Cournouse (sommet des falaises de rive gauche).
a.Co = anticlinal des Coulmes : les calcaires du Fontanil mis à nu au coeur du pli servent d'appui au petit barrage de Choranche ; s.P = synclinal de Presles (charnière orientale) ; s.M = synclinal médian du Vercors.
f.S = faille du Sellier : on observe son rejet, de type inverse (surhaussement du compartiment oriental), aussi bien dans l'Urgonien qu'au niveau de la limite Hauterivien - calcaires du Fontanil ; d.B = décrochement du Bournillon et son prolongement vraisemblable dans les Rochers de Presles orientaux (orientation N120, rejet sénestre).
suite de ce cliché vers la gauche, plus bas dans la page

Elle y entaille la puissante dalle calcaire du flanc oriental de la vaste voûte de l'anticlinal des Coulmes. En 1 km de parcours elle traverse les couches du Sénonien puis s'encaisse durant 2 kilomètres en un étroit défilé creusé uniquement dans l'épaisseur de la dalle urgonienne : sa grande longueur est due au faible pendage des couches, mais aussi au fait que le tracé de la rivière est alors NE-SW, c'est-à-dire assez peu oblique, ici, par rapport à l'axe du pli. Les deux falaises encadrant le talweg s'éloignent ensuite progressivement l'une de l'autre lorsque le lit du torrent entaille les couches plus tendres de l'Hauterivien, de sorte que l'on en sort progressivement dans une gorge où les falaises couronnent les raides pentes des deux versants.


Le défilé supérieur des gorges aval de la Bourne, vu de l'est (de l'amont), à son débouché aval.
À gauche les rochers du Bournillon , en arrière-plan les falaises de la Grande Cournouse.

Au niveau du petit lac de retenue de Choranche la Bourne prend un cours E-W et entaille le coeur du pli, qu'elle éventre en affouillant les couches marneuses de l'Hauterivien, jusqu'à atteindre les calcaires du Fontanil. C'est pourquoi la vallée s'ouvre assez largement, en une sorte de cirque, par éloignement des falaises de ses deux rives. En rive droite, à la hauteur du village de Vezor, la retombée ouest de l'anticlinal des Coulmes est affectée par la faille inverse du Sellier, qui affecte exactement la zone d'inflexion du raccord avec le fond - pratiquement horizontal - du synclinal de Presles.

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Un détail des falaises de la rive droite de la Bourne, à leur coude en amont de Choranche vues du sud, depuis le village de Vezor.
f.S = faille du Sellier : les couches urgoniennes décrivent une double torsion en double crochon*, bien conforme avec le rejet de type inverse de cette cassure mineure. Noter que le pendage du plan de cassure est d'environ 50 à 60° vers l'est. D'autre part la faille ne rejoint pas directement le sommet de la falaise mais se rabat vers la gauche (la perspective en contre-plongée exagère toutefois assez fortement le coude qu'elle décrit), ce qui dénote une déformation par cisaillement vers la gauche de la tranche supérieure des couches du compartiment droit.
On a également souligné la présence de deux petites failles normales, f.N1 et f.N2 , dont les rejets sont inverses l'un de l'autre (failles "conjuguées*) ; elles témoignent d'une fracturation en extension qui est sans doute antérieure au plissement.


Le jeu, partiellement chevauchant, de cette faille provoque un sur-épaississement local de l'abrupt urgonien. On remarque qu'elle présente des particularités bizarres : sa partie inférieure présente un pendage anormalement fort (presque orthogonal aux couches) pour une faille compressive ; c'est seulement au sommet de la falaise urgonienne que la surface de cassure bascule vers l'ouest permettant l'apparition d'une rampe de glissement couches sur couches. Cela porte à pense qu'il s'agit d'une faille ancienne coulissante, analogue et parallèle à la faille de Presles, dont le plan de cassure, originellement subvertical, a été déformé (basculé et cisaillé vers le haut) lors du plissement.

Plus en aval, entre Vezor et Choranche la vallée de la Bourne est encore relativement étroite et tend même à se refermer vers l'aval par rapprochement des escarpements urgoniens continus qui la dominent des deux côtés. Ces abrupts sont d'ailleurs à peu près horizontaux, car il correspondent au fond plat du synclinal de Presles. Ils sont juste dénivelés par la faille verticale de Choranche, qui surhausse sa lèvre occidentale, qui se manifeste en rive sud par la relative mise en saillie du plateau de la Grande Cournouse par rapport à la partie plus orientale de la dalle urgonienne (Bois de l'Allier).

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La rive droite de la Bourne au niveau de Choranche, vue du sud, depuis le belvédère de la Petite Cournouse (sommet des falaises de rive gauche).
a.N = anticlinal du Nant ; f.P = faille de Presles ; f.C = faille de Choranche ; s.P = synclinal de Presles (charnière orientale) ; a.Co = anticlinal des Coulmes (flanc ouest).
suite de ce cliché vers la droite, plus haut dans la page.

Peu en aval de Choranche le lit de la rivière atteint les marnes de Narbonne à la faveur du surhaussement de ces couches par une importante cassure presque N-S, donc transverse à la vallée, la faille de Presles. Celle-cifranchit les falaises de rive septentrionale de la Bourne là où y aboutit le sillon synclinal de Presles (voir la page "Coulmes"). Elle y crée un défaut dans la continuité de la barrière urgonienne, lequel est utilisé par le tracé de la route D.292 : celle-ci vient précisément toucher le plan de faille, vertical, au coude d'altitude 800, qui marque l'extrémité de son encorbellement dans la falaise de la lèvre occidentale de la faille

La faille de Presles dénivelle de façon très visible la limite inférieure de l'Urgonien qui est reportée, dans sa lèvre est, en contrebas du promontoire 874 de la falaise des Touches (laquelle n'est autre, d'ailleurs, que son plan de cassure, dénudé et à peine retouché par l'érosion).

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Le rebord méridional du plateau de Presles vu de l'ouest, depuis le lacet occidental de la D292 (pied de la falaise école d'escalade des Rochers occidentaux).
f.P = faille de Presles. La falaise correspond au miroir de faille, à peine retouché par l'érosion. Les tirets rouges, repères de la base de l'Urgonien, permettent d'apprécier le rejet vertical de la faille.
Hs = marno-calcaires à panopées, d'âge Hauterivien terminal ; c.O = couches à Orbitolines (il s'agit des "couches inférieures", d'âge aptien inférieur).
Il est à remarquer que la falaise urgonienne du compartiment gauche (portant les tunnels) n'atteint qu'une hauteur inférieure à 100 mètres, nettement plus faible que celle de la lèvre orientale : cette différence est due au décalage sénestre créé par le jeu anté-Miocène de la faille de Presles (la zone à Urgonien réduit se retrouve sur la lèvre orientale 4 km plus au nord, au village du Faz).


La faille de Presles est un accident majeur, que l'on suit pratiquement sur toute la longueur du Vercors occidental. Elle s'avère d'ailleurs avoir fonctionné avant le Miocène, en décrochement dans le sens sénestre. Ceci est notamment attesté par le fait qu'elle décale dans ce sens la zone, en forme de bande orientée NE-SW, où l'Urgonien a été très aminci avant le dépôt de la Lumachelle (à l'est de la faille cette bande passe par le village du Faz).

 

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La rive droite de la Bourne en aval de Choranche vue du sud, depuis le col de Méselier (près de Chatelus).
a.N = anticlinal du Nant ; a.C = anticlinal des Chartreux ; f.P = faille de Presles.
La partie orientale des rochers de Presles (points 874 et 905) est formée par de l'Urgonien pratiquement horizontal qui appartient au très large fond du synclinal de Presles. La portion comprise entre le point 874 et le tracé de la faille de Presles est orientée N-S et représente à peu de chose près l'abrupt de faille dégagé par l'érosion. L'inclinaison des couches qui s'y observe est celle qu'elles y présentent en direction du nord ; elle correspond au plongement axial du fond du synclinal de Presles.

En contrebas de la falaise urgonienne, par contre, les couches décrivent un pli secondaire assez ouvert, l'anticlinal des Chartreux, qu'il faut donc sans doute considérer comme un repli dysharmonique. Quoi qu'il en soit ce sont les calcaires du Fontanil de la retombée occidentale de ce pli qu'entaille la Bourne entre le village des Chartreux et le Pont Rouillard (là où la Bourne commence à s'engager dans la cluse de Pont-en-Royans).
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La vallée de la Bourne en amont de Pont-en-Royans vue du nord-ouest depuis le col de Toutes Aures
f.C = faille de Choranche ; f.P = faille de Presles ; f.pR = faille du Pont Rouillard ; a.N = anticlinal du Nant.

C'est aussi au niveau de ce village des Chartreux que la vallée s'ouvre franchement, à la faveur du fait que ses escarpements de rive gauche y trouvent leur extrémité occidentale, constituée par l'éperon de la Grande Cournouse. En effet la suppression de la carapace urgonienne protectrice a permis là un large éventrement des flancs de la vallée, créant une combe grossièrement anticlinale, orientée NNW-SSE, qui établit une communication vers le sud avec la vallée de la Vernaison, par le village de Chatelus.

 Le fait que, sur les deux rives de la Bourne, la carapace urgonienne soit beaucoup plus largement décapée selon la transversale de Presles - Chatelus, qui correspond au tracé de la faille de Presles, est sans doute dû au jeu de surélévation de la lèvre occidentale de cette faille : en effet son jeu étant ancien (anté-Miocène) il a dû conduire la carapace urgonienne à y être décapée lors de l'érosion par aplanissement qui s'est produite d'abord à l'Éocène puis au Quaternaire ancien dans tous les massifs subalpins.

Mais le bord occidental de cette combe de Chatelus suit en réalité un système de failles qui tranchent en biseau le synclinal de Presles ainsi que l'anticlinal du Nant (qui est le pli le plus occidental du Vercors sur cette transversale). La principale des cassures de ce faisceau peut être appelée faille du pont Rouillard, car c'est à l'emplacement de ce pont qu'elle traverse le lit de la Bourne. Il en résulte en définitive que c'est directement l'Urgonien du flanc ouest de l'anticlinal du Nant qu'entaille, peu en aval de ce pont, le dernier défilé rocheux à la sortie duquel est construit Pont-en Royans.



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Coupe au nord du cours de la Bourne aval (par H. Arnaud)
(couleurs comme sur la carte d'ensemble du Vercors)


 On peut remarquer la grande analogie que présente l'aspect du cirque des gorges de la Bourne en amont de Choranche avec celui des vallées, plus méridionales, de la basse Vernaison et de Combe Laval.
Cela suggère que, comme pour le creusement de ces deux dernières c'est l'érosion karstique qui a joué un rôle prédominant (plus que les écoulements de surface) pour ouvrir, dans l'Urgonien, ces dépressions en boutonnière (le cas est net pour la vallée de Combe Laval, qui se ferme à l'amont par un cirque que n'a jamais franchi aucun cours d'eau). Il est donc à présumer que les eaux provenant du cours supérieur de la Bourne ont dû seulement rejoindre, ici aussi, une vaste doline* pré-existante, en entaillant par son étroit défilé amont des actuelles gorges aval de la Bourne, le cirque qui devait la fermer originellement en amont de Vezor.

 


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuilles Vif et Romans


Carte géologique très simplifiée des vallées aval de la Bourne et de la Vernaison
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074.
légende des couleurs


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