Le versant oriental des Aiguilles d'Arves

Les hautes crêtes de rive gauche de la Valloirette, en amont de Valloire

Au nord des Aiguilles d'Arves l'énorme dalle de conglomérats des Aiguilles d'Arves est recouverte, en contact stratigraphique normal, par les couches du flysch* schisto-gréseux nummulitique. Ce sont elles qui forment le sommet du crêt à regard vers l'ouest dont l'escarpement occidental n'est formé qu'à sa base par ces conglomérats. Le revers oriental de ce crêt formé globalement de pentes plus modérées, est au contraire entaillé de profonds vallons qui sont tous les affluents de rive gauche de la vallée de la Valloirette.

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La crête de partage des eaux entre Arvan et Valloirette, à la latitude de Valloire, vue du sud, depuis la Pointe des Ratissières.
Les termes inférieurs de la succession ne sont pas visibles car il n'affleurent à cette latitude que sur le versant ouest de la crête (voir les pages "Aiguilles d'Arves" et "Casse Massion"). Noter d'autre part combien les différences sont peu accentuées entre les trois termes successifs qui ont été distingués dans le flysch ultradauphinois.


Ces vallons séparent une succession de crêtes secondaires orientées grossièrement W-E, qui sont tous entaillés dans cette épaisse et monotone série d'alternances de lits de schistes et de bancs de grès du flysch* nummulitique ultradauphinois, où aucune particularité structurale ou stratigraphique n'était susceptible d'avoir dirigè leur tracé. Au nord le pendage de ces couches est proche d'une trentaine de degrés en direction de l'est, mais il s'accroît vers le sud jusqu'à 45°, voire plus.

À la latitude des Aiguilles d'Arves le relief se modifie car c'est le niveau basal de conglomérats qui forme la crête principale. Sa mise en relief s'accompagne de l'entaille d'un vallonnement N-S ouvert, du côté est du chaînon, dans les niveaux marneux ou argilo-gréseux du Flysch, entre les Aiguilles d'Arves et l'Aiguille de l'Épaisseur. Outre le fait que ce niveau de conglomérats est ici au maximum de son épaisseur, son surhaussement est dû au jeu de la faille de Petit Jean, qui est une cassure extensive, orientée pratiquement N-S et à très fort pendage vers l'est, qui a clairement déterminé le creusement de ce vallon.

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Le versant oriental des Aiguilles d'Arves, vu du sud, d'avion (cliché original obligeamment communiqué par Mr. M. Caplain).
a.cL = anticlinal du Col Lombard ; d.gJ = décrochement du col de Grand Jean ; f.pJ = faille du col de Petit Jean.
Les strates de conglomérats des Aiguilles d'Arves, inclinées environ à 45° vers l'est et sont tranchées par la faille du col de Petit Jean, dont le pendage est beaucoup plus fort. Cette dernière se prolonge vers le sud en passant immédiatement en avant de la Pointe Salvador, en arrière-plan des arêtes de la Pointe d'Argentière (qui la masquent).


 Cette cassure est sans doute une faille ancienne extensive, donc originellement inclinée d'environ 60° vers l'est, dont le pendage a été accru par le basculement ultérieur du flanc oriental de l'anticlinal du col Lombard.

Elle se prolonge sans doute vers le nord à l'ouest de l'arête faitière du chainon, dans le substratum mésozoïque qui est mis à nu dans la partie méridionale du replat des Albiez (vallon de Pré Valloire : voir la page "Albiez") ; mais il est impossible de l'y repérer à la fois en raison du fort couvert d'alluviosn glaciaires et parce que leur substratum est formé par les schistes argileux aaléniens, au sein desquels on manque totalement de niveaux repères.

Vers le sud son tracé est repérable jusqu'au point où il atteint le fond du haut vallon de Maurian en tranchant en biais l'extrémité méridionale des affleurements de conglomérats qui enveloppent les Terres Noires de l'anticlinal du col Lombard. Il est ensuite difficile de le suivre, mais il est vraisemblable qu'il se poursuit, au nord du lac du Goléon, par la ligne, de même orientation N-S, selon laquelle les bancs de grès des Rubans sont tranchés en biseau et mis en contact avec les schistes à olistolites du contenu du synclinal des Aiguilles de la Saussaz (voir la page "Goléon").

Dans le flysch du versant oriental du chaînon on ne rencontre, au nord des Aiguilles d'Arves, que de rares plis mineurs. Par contre au sud de Valloire et en s'éloignant de la crête principale du chaînon, les bancs de grès du flysch deviennent de plus en plus fortement plissés.

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Les crêtes sud-orientales des Aiguilles d'Arves, vues d'avion du SE.
f.pJ = faille du col de Petit Jean. Le détail des replis multiples de la crête du Goléon et de celle d'Argentière est confus et impossible à analyser sur cette image


C'est ce que révèle l'examen des crêtes qui séparent ces vallons latéraux au sud de la latitude des Aiguilles d'Arves, et en particulier la longue Crête d'Argentière, qui se détache, vers le sud-est, du sommet méridional des Aiguilles d'Arves, et qui se termine du côté est par le sommet de la Haute Paré. Les importants abrupts de son versant nord permettent, si on les scrute avec attention, d'y lire un enchaînement de charnières de toutes tailles qui témoignent d'un reploiement sous un effort cisaillant à vergence sensiblement d'est en ouest. On y constate de plus que ces plis affectent surtout la partie haute de la succession du flysch, la succession des couches inférieures restant monoclinale (voir cliché ci-dessous).

Ce cisaillement s'explique sans doute par un effet d'entraînement sous le chevauchement des nappes internes et notamment celui de la zone subbriançonnaise, à laquelle appartient déjà le sommet de la Haute Paré (voir la page "Roche Olvéra") : c'est bien ce que suggère le fait que l'intensité de ce plissement décroît du haut vers le bas .

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La crête d'Argentière, vue du nord, depuis le versant sud-est de la pointe des Ratissières (l'Aiguille méridionale d'Arves fait suite, immédiatement vers la droite à la Pointe Salvador, qui n'est que son épaule sud).
"Nfls" = flysch supérieur gréseux ; "Nfli" = flysch inférieur argilo-gréseux (non plissé) ; "Nm" = Nummulitique marneux ; "Ncg" = conglomérats ; f.pJ = faille du col de Petit Jean.
Un tireté sépare la partie haute du flysch supérieur, qui est plissotée (la charnière dessinée n'indique que les grandes lignes de l'organisation des replis) de sa partie inférieure à litage monoclinal (on y observe seulement quelques bandes froissées* "kb", à vergence d'ailleurs opposée, vers l'est).
N.B. : la succession des couches ne justifie guère d'imaginer, comme l'a fait A.Toury, qu'une surface de discontinuité (attribuée à un chevauchement) sépare celles plissées de celles restées monoclinales.


Le système des plis du flysch supérieur met en effet en jeu de nombreux plis parasites* dysharmoniques*, dont la multiplicité est favorisée par l'alternance répétée des lits argileux qui caractérise le flysch nummulitique (la relative minceur des bancs gréseux les porte à se ployer en plis de courte longueur d'onde).


Détail d'une portion du versant septentrional de la crête d'Argentière, vue du nord, depuis la pointe des Ratissières.
On distingue, dans cette effervescence de bancs bousculés, des plis de 1° ordre (en rouge : a.P, s.P) et notamment un synclinal, ouvert vers la doite (vers l'ouest) et des plis parasites*, de second ordre (en jaune : a.p, s.p). Les plans axiaux (en tirets blancs) sont notés pa.
N.B. : On notera le sens de dissymétrie (flanc court à droite) des plis parasites qui sont greffés sur le flanc normal du synclinal s.P : il témoignerait à lui seul, même si l'on ne voyait qu'un seul de ces plis hors de tout contexte, de ce que l'on se trouve bien là sur le flanc normal d'un synclinal (dès lors que l'on sait déjà qu'à l'échelle régionale les plis sont tous déversés vers l'ouest et non vers l'est).


Dans les crêtes les plus méridionales, notamment à la latitude du col du Galibier, ces plis deviennent très serrés, presque isoclinaux* (ce qui les rend plus difficiles à distinguer), en même temps que leur plan axial se rapproche plus de la verticale.

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Le vallon des sources occidentales de la Valloirette, vu du sud depuis le Pic Blanc du Galibier.
Nol = formation olistolitique du sommet de la succession des grès du flysch ; ØSB = surface de chevauchement de la zone subbriançonnaise.


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La crête la plus méridionale du versant oriental du chaînon des Aiguilles d'Arves vue du sud-est, depuis le Pic Blanc du Galibier (détail de la vue précédente).
Le litage (s0) des conglomérats des Aiguilles d'Arves est incliné comme les lits du flysch de la crête de la Pointe des Lauzettes, sous lesquels ils s'enfoncent en arrière-plan, derrière cette crête.
Dans cette crête on a ébauché le décryptage des plis multiples, presque isoclinaux*, que dessinent les bancs gréseux du flysch (les tirets courts espacés correspondent à des raccords seulement hypothétiques).


Les couches du flysch nummulitique ultradauphinois s'enfoncent à leur tour sous la surface de charriage de la zone subbriançonnaise, mais cela n'a lieu que bien au delà vers l'est de la crête du chaînon, à l'extrémité orientale des crêtes secondaires qui s'en détachent dans cette direction (voir la page "Roche Olvéra").

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Le versant sud-est du chaînon des Aiguilles d'Arves vu d'avion, du sud-est, à travers le col du Galibier, depuis l'aplomb des Sestrières (vallée de la Guisane).
commentaires tectoniques relatifs aux crêtes d'avant-plan à la page "col du Galibier sud"


Vue d'ensemble sur la déformation du flysch "ultradauphinois" :

Lors des serrages post-nummulitiques associés au charriage des zones internes le flysch nummulitique a été pris en tenaille entre la dalle, faiblement déformée par le serrage E-W, des conglomérats nummulitiques et celle des calcaires de la zone subbriançonnaise, qui chevauche ce flysch aux extrémités orientales des crêtes de rive gauche de la Valloirette (voir les pages Valloire et Roche Olvera).

Or la distance entre les deux machoires de cette tenaille se rétrécit du nord vers le sud, depuis la vallée de la Maurienne jusqu'au col du Lautaret, pour devenir presque nulle au delà, à la latitude du Combeynot, avant de reprendre de la largeur à partir de Vallouise (voir la carte ci-après). Dès lors l'accroissement, du nord vers le sud, de l'intensité du plissement, qui témoigne d'un serrage de plus en plus accentué, indique que ce rétrécissement résulte de l'écrasement tectonique de la bande d'affleurement du flysch.

À l'origine de cet écrasement il faut sans doute voir la présence du massif cristallin du Pelvoux qui a dû jouer, dans la tectonique post-nummulitique, le rôle d'un môle résistant. Ce bloc de socle, qui avait été porté en relief par la tectonique anté-nummulitique, a dû, en effet, constituer alors un obstacle à l'avancée des nappes internes.

 

Carte structurale de la bordure nord-est du massif du Pelvoux
extrait de la publication086

Noter le système de décrochements conjugués qui affectent la marge nord-orientale du massif du Pelvoux et qui trahissent son rôle de môle résistant à l'avancée des nappes internes.

NB : cette carte comporte des inexactitudes dans le tracé précis des décrochements aux confins du Briançonnais (à l'est du Lautaret) : pour ce secteur se reporter à la carte de la région de Briançon

figure agrandissable
version encore plus grande de cette image


Ce secteur a été étudié, en 1982, par Chritian BRAVARD et, en 1985, par Anne TOURY (voir la liste bibliographique)

aperçu général sur la rive gauche de la Maurienne


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuilles Saint-Jean de Maurienne et La Grave

Carte géologique simplifiée des environs

redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074
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