Agnielles, Charajaille, Glaise

montagnes de rive gauche du Grand Buëch au nord de Veynes

Au nord de Veynes le ravin de Glaise et, à l'est de La Faurie le torrent d'Agnielles, pénètrent profondément dans les montagnes de rive gauche de la vallée du Grand Buëch, qu'ils drainent.

Le torrent d'Agnielles prend sa source, à l'extrémité méridionale de la crête des Aiguilles de Lus (voir la page Recours). Il se jette dans le Buëch à l'entrée amont de la gorge par laquelle ce dernier franchit le bord sud de la cuvette de La Faurie pour rejoindre la dépression d'Aspres. La route qui remonte le cours de ce torrent depuis cet endroit (qui est celui de son embranchement sur la RN.75) jusqu'à la localité ruinée d'Agnielles, s'encaisse en gorges que surplombe la barre des calcaires tithoniques. Celle-ci y reste presque horizontale car le tracé, presque N-S de ces gorges s'incrit presque selon l'axe de la voûte de l'anticlinal de Durbonas - l'Aup - La Plate, pli de la famille N-S qui borde du côté oriental la cuvette de La Faurie. En fait le tracé du cours d'eau traverse ce pli en biais, en profitant de l'ensellement de sa voûte tithonique qu'occasionne son entrecroisement avec le synclinal E-W de La Faurie (voir le schéma cartographique en fin de page).

Ces gorges d'Agnielles montrent quelques détails tectoniques intéressants qui sont illustrés par les trois clichés ci-après :

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L'entrée aval des gorges d'Agnielles, 1 km en amont du confluent avec le Grand Buëch (vue de l'ouest, depuis la rive droite).
On a souligné par des tracés fléchés les deux charnières "en genou", symétriques, qui encadrent la voûte, plate, horizontale, du repli que traverse l'entrée de la gorge : cette disposition est caractéristique d'un anticlinal coffré*, ici bien typé.


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Un graben synsédimentaire cacheté par les bancs supérieurs du Tithonique, vu de l'ouest, depuis les pentes de rive droite de la vallée,2 km en amont du confluent avec le Grand Buëch.
Fa et Fb = deux failles extensives conjuguées ; S = surface de strate cachetant* le graben.


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Microplis décamétriques dans un niveau de petits bancs du Tithonique, vus de l'est, depuis les pentes de rive droite de la vallée, 2,5 km en amont du confluent avec le Grand Buëch.
Les gros bancs immédiatement plus élevés dans la succession ne sont pas plissotés. Le plissotement prend naissance à droite sur une surface de cassure qui coupe les bancs en rampe : c'est sans doute l'avancée de la tranche chevauchante qui a causé, par entraînement, le froissement des couches en contrebas de cette rampe.


Au débouché amont des gorges, là où se trouvent les ruines d'Agnielles, la vallée s'ouvre car elle y traverse en biais la combe monoclinale, de direction N-S, que l'érosion a creusée dans les couches néocomiennes, plutôt marneuses (Berriasien à Hauterivien), du flanc oriental de l'anticlinal N-S de Durbon et de la Plate. Ce tracé s'inscrit en marge occidentale du synclinal de Lus - Charajaille, également N-S, qui affecte les terrains plus récents (essentiellement calcaires sénoniens) des reliefs boisés que la vallée d'Agnielles traverse obliquement au sortir amont de cette combe.

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La montagne de Durbonas et la moyenne vallée d'Agnielles, vues du sud, depuis les pentes de rive gauche de la vallée.
D = surface de discordance du Sénonien, ployée par le flanc oriental de l'anticlinal N-S de Durbonas - La Plate (qui constitue aussi le flanc occidental du synclinal de Lus "s.L"). Les pentes de premier plan montrent des couches qui pendent vers la droite (vers l'est) car elles appartiennent à ce flanc de pli.
Dans les pentes du versant sud la montagne de Durbonas, sous cette discordance, le Tithonique vient à l'affleurement à la faveur d'un pli E-W à cœur d'Argovien, l'anticlinal de La Rochette et du Faucon (a.F) qui est déjeté vers le sud (= pli A5). L'axe NE-SW de cet anticlinal traverse le versant à flanc de montagne en plongeant vers l'est (vers la droite). Ce plongement résulte de ce que l'axe de ce pli anté-Sénonien a été lui aussi tordu par l'anticlinal de La Plate.


 Cette combe d'Agnielles a en fait une structure plus complexe que celle d'un simple flanc de pli monoclinal, car elle est parcourue par un faisceau de fractures extensives NNW-SSE qui en abaissent la partie la plus orientale ; ces failles n'affectent d'ailleurs pas le Sénonien de la montagne de Durbon (en rive nord de la vallée d'Agnielles) et sont donc anté-sénoniennes.

En outre, au sud du col de Gaudissart, la lèvre orientale de ce dispositif monoclinal voit naître très rapidement un repli anticlinal ("anticlinal de la Grésière"), déversé vers l'ouest, qui s'avère être le crochon* d'une imbrication, le chevauchement de la Grésière (voir la page "Veynes"). Cette cassure a certes un rejet compressif mais son pendage reste très fort et son tracé est parallèle aux failles extensives qui se poursuivent quelques centaines de mètres plus à l'ouest : ces particularités portent à penser qu'il s'agit d'une faille extensive anté-sénonienne qui a rejoué en faille inverse lors des compressions E-W post-nummulitiques.

À la fermeture amont de la dépression d'Agnielles la vallée fait un coude vers l'est. Ce changement de direction est peut-être dû à ce qu'elle contourne là, par le sud, les barres tithoniques qu'elle a mis à nu en entaillant la voûte de l'anticlinal E-W du Faucon (A5 sur les schémas). Quoi qu'il en soit elle se rétrécit alors et s'encaisse pour franchir la barrière des calcaires du Sénonien du synclinal de Lus, dont elle traverse les deux flancs avant de prendre sa source au sein des structures encore plus orientales que ce pli (voir la page "Recours").

La montagne de Charajaille qui est ainsi isolée en rive gauche de cette entaille, représente donc l'extrémité méridionale des affleurements de Sénonien du grand synclinal N-S de Lus. Bien que le cœur du pli ne soit pas profondément évidé par l'érosion on peut néanmoins dire que cette dernière a sculpté là un synclinal perché*.

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La montagne de Charajaille et la rive gauche de la vallée d'Agnielles, vues de l'ouest, depuis les basses pentes de la montagne de Laup, en rive droite de la vallée.
La falaise du Sénonien (surface de base en tirets orangés) décrit, dans son ensemble, un berceau allongé N-S qui traverse le versant en biais, en rentrant de la gauche vers la droite. Le coeur de ce synclinal de Lus (s.L), que le torrent d'Agnielles traverse, presque orthogonalement, à l'ouest des limites du cliché est occupé par la Molasse Rouge oligocène (m.r).
f.J = faille de Jarret, orientée NE-SW (obliquement par rapport au synclinal) ; s.Ch = synclinal de Charajaille.


 La structure de cette montagne est toutefois compliquée par le fait qu'elle est traversée, en oblique par rapport au synclinal de Lus, par la faille de Jarret, qui a probablement joué en décrochement dextre. Les couches de la lèvre orientale de cette faille dessinent un pli secondaire, le synclinal de Charajaille ; le tracé de son axe se place à peu près dans le prolongement sud de celui du synclinal de Lus mais on peut penser que, plutôt que de prolonger ce dernier pli, il doit plutôt représenter la suite du repli plus oriental qu'est le synclinal des Chabottes, ramené dans cette position par le jeu dextre du décrochement de jarret (concernant les rapports entre ces plis voir la carte schématique ci-dessus et la page "Recours")

Le versant SE de la montagne de Charajaille domine la tête du vallon de Glaise, lequel s'y épanouit par rapport à sa partie inférieure qui traverse en biais, depuis Veynes, la succession calcaires de la Grésière, depuis le Tithonique jusqu'au Barrémien.

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Le haut vallon de Glaise et l'extrémité méridionale de la montagne de Charajaille vus du sud depuis le col de la Selle, au nord de Châteauvieux.
On voit bien ici la situation en butte-témoin* du Sénonien formant ce sommet à la faveur de ce que le synclinal perché formant l'ensemble de cette montagne est vu dans l'axe du pli. On ne voit en fait que l'extrémité méridionale du flanc SW de ce pli : c'est sur le revers opposé de la montagne que sa charnière en affecte les couches sénoniennes.


Les calcaires sénoniens dominent ici une vaste étendue de marnes bleues apto-albiennes (qui justifient bien le nom du lieu) : son ampleur correspond au fait que ces marnes sont conservées là au cœur d'un large synclinal NE-SW dont l'axe traverse presque perpendiculaire ment (selon cette direction) la crête du col de Glaise. Ce pli anté-sénonien, qui représente grossièrement le prolongement oriental du synclinal de la Faurie (S5 sur les schémas), s'entrecroise ici avec le synclinal de Charajaille, en formant une cuvette tectonique.

 Du fait de sa situation, au cœur de cette cuvette structurale, la partie haute de la succession apto-albienne des pentes de Glaise est peu tronquée par la discordance anté-sénonienne, beaucoup moins qu'aux endroits où l'on se trouve plus proche de l'aplomb des voûtes anticlinales anté-sénoniennes (par exemple sous la Tête de Jarret). De fait il n'y a, ici, presque pas de lacune* sous la surface de discordance "Ds", ces marnes étant couronnées par des marno-calcaires du Cénomanien (observables à l'est de Glaise), eux-mêmes recouverts, presque en continuité, par les calcaires du Turonien.

Cette géométrie montre que le plissement anté-sénonien s'est en fait produit sans que soit intervenue une interruption générale de la sédimentation : les couches anté-sénoniennes qui manquent sur les voûtes anticlinales ne s'y étaient seulement pas déposées du fait de leur position élevéealors qu'elles se déposaient dans les creux synclinaux ...

 


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 Coupe schématique N-S des plis du Bochaine septentrional
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Carte géologique simplifiée des environs de La Faurie (Bochaine)
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M.Gidon (1977), publication n° 074

 Carte géologique simplifiée des bassins de la Béoux et d'Agnielles (Dévoluy sud-occidental)


cartes géologiques à 1/50.000° (*) à consulter : feuille Gap

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