Barberine, Mont Ruan

versant suisse (oriental) des montagne des sources du Giffre

Le torrent de Barberine est un affluent de rive gauche de celui de l'Eau Noire, qui descend de Vallorcine vers le Rhône. Il tranche l'extrémité septentrionale du massif des Aiguilles Rouges mais surtout il recueille les eaux qui descendent sur le versant suisse depuis les crêtes qui ferment, du côté français, le vallon des sources du Giffre (Tenneverge - Mont Ruan).

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La rive gauche de la vallée de l'Eau Noire
entaillée par le ravin de Barberine, vue du S-SE, depuis Les Posettes.
Sous cet angle on perçoit parfaitement la discordance des couches sédimentaires d'âge secondaire sur les roches du socle cristallin, par l'intermédiaire de la surface de la pénéplaine anté-triasique (s.pa). Les bandes de matériel hercynien orientées N-S sont décalées dans le sens dextre par le décrochement d'Emosson - Vaudalle, d'âge anté-alpin.
La surface du socle cristallin, qui pend vers l'arrière gauche est celle du flanc ouest du bombement de socle des Aiguilles Rouges.

Ces eaux se rassemblent, au pied de ces crêtes, dans le grand lac d'Emosson (en contrebas de celui du Vieil Emosson), occupant le haut vallon de Barberine et qui est retenu derrière le barrage d'Emosson construit au dessus de la gorge de raccordement à la vallée de l'Eau Noire (le premier barrage, antérieur aux années 60, a été remplacé plus récemment par un autre, situé plus en aval qui a surhaussé son niveau antérieur, de 1888 m, jusqu'à l'altitude de 1950).

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Le lac de Barberine et le Mont Ruan, vus du sud depuis le sommet de l'ancien barrage d'Emosson (le nom du lac est celui qui lui était attribué en 1953, date du cliché).
ØP = chevauchement du Prazon ; ØR = chevauchement du Ruan.

Le grand lac d'Emosson s'allonge à cheval sur la limite entre le socle cristallin des Aiguilles Rouges et sa couverture sédimentaire qui forme la crête frontière depuis le Tenneverge au sud jusqu'au Mont Ruan au nord.

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Le versant oriental de la crête Tenneverge - Prazon, vu du plan supérieur de la vallée de Barberine (chalets d'Emosson et ancien barrage maintenant noyés : vue prise en 1953 ...!).
ØT = chevauchement du Tenneverge ; ØP = chevauchement du Prazon.

Plus on remonte le vallon de Barberine plus on s'élève dans l'édifice tectonique car le vallon est orienté en biais par rapport à la direction des couches. On recoupe d'abord le placage triasique recouvrant le socle cristallin, qui détermine le grand ravin descendant du Col de Barberine puis immédiatement au dessus la bande de calcaires en gros bancs qui reposent sur ce Trias de façon apparemment stratigraphique et représentent sans doute le Lias inférieur (mais ces derniers sont souvent considérés comme du Jurassique supérieur, témoin du flanc inverse de l'anticlinorium de la nappe de Morcles).

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La partie médiane de la rive occidentale du Lac d'Emosson, vue du NE depuis le sentier de rive gauche (peu au sud du point 1963) (cliché original obligeamment communiqué par M. Matthieu Petetin)
s.pa = surface de la pénéplaine anté-triasique (vue presque selon son azimut, N 30) ; ØM = surface de chevauchement ("de la nappe de Morcles" ; M = Malm calcaire ; Lc = calcaires du Lias ; ØF = chevauchement de la Finive (mouvement dirigé vers l'arrière droit).
Les couches liasiques des escarpements des Taureaux ne dessinent aucun grand pli : leur succession reste donc à l'endroit en dépit de leurs nombreux replis décamétriques couchés plus ou moins isoclinaux, dont l'existence augmente l'épaisseur apparente de la succession (voir clichés suivants).


Jusqu'à l'extrémité amont du lac les deux versants du vallon sont ensuite constitués par les alternances de bancs marneux et calcaires du Jurassique inférieur à moyen (avec un niveau élevé pauvre en calcaires, rapporté à l'Aalénien-Toarcien). Mais on n'observe rien dans cette organisation qui puisse ressembler à la structure en grand anticlinal couché supposé par le schéma classique de la structure de la nappe de Morcles :

- D'une part on n'observe nullement en pied de versant une séquence renversée, supposée y être représentée, sous une forme étirée et laminée par les termes plus récents de la succession stratigraphique.

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La partie inférieure du versant oriental de la crête du Tenneverge
, vu depuis la rive est du lac d'Emosson, au débouché du ravin de Barberine (cliché original obligeamment communiqué par M. Matthieu Petetin).
Le grand ravin d'extrême gauche est celui de la partie droite du cliché précédent. Le cadre jaune indique les limites du cliché suivant.

Les fins traits blancs correspondent à des tracés de bancs dont la continuité est réellement observable : ils sont presque parallèles, ce qui fait ressortir la disposition quasi monoclinale de la succession. Les fins traits rouges représentent des surfaces de discontinuités qui semblent y être repérables (discordances, tronçons de bancs lenticulaires, etc ...) au sein de cette succession.

ØM = surface de chevauchement ("de la nappe de Morcles").
L'absence de grande charnière indique qu'au dessus de cette surface toute la succession est à l'endroit, en accordance et sans indice de discontinuité tectonique avec les calcaires attribués au Jurassique supérieur autochtones (M) qui disparaissent vers la droite sous les eaux du lac.

- D'autre part l'épaisseur de ces couches, sans doute déjà importante, est accrue par l'existence en leur sein de multiples replis couchés dont les axes de ceux-ci sont un peu obliques aux rives du lac mais orientés néanmoins de façon à rentrer dans le versant du NE vers le SW. La théorie de la "nappe pli-couché" voudrait que ces plis mineurs se répartissent dans le schéma "en feuille de chêne" (voir la page "anticlinorium"), ce qui implique que ceux des hauts de versant soient des replis de flanc normal et ceux du pied de versant au contraire de flanc inverse (et qu'ils soient séparés par une zone charnière).

Ce n'est pourtant pas ce que semble indiquer l'analyse des replis visibles en rive occidentale du lac (comme celui du cliché ci-dessous), dont la polarité de déversement vers le NW est celle d'un flanc normal par rapport à l'anticlinorium puisque celui-ci est clairement déversé dans ce sens, comme l'illustrent les structures de plus grande dimension (voir notamment la page "Bout du Monde") ainsi que le dessin des replis visibles dans le soubassement du Tenneverge (voir la page "Fer à Cheval").

Par contre il apparaît que la succession semble clivée en deux, vers sa partie haute, par une ligne de discontinuité tectonique (d'ailleurs presque parallèle aux couches) au dessus de laquelle les plis du Lias calcaire sont aplatis de façon très isoclinale* et semblent au contraire déversés vers la gauche, donc comme des replis de flanc inverse (encore que leurs axes semblent orientés de façon plus méridienne, tangente au versant) : on peut faire l'hypothèse qu'il s'agisse de replis du flanc inverse de l'anticlinal secondaire des alpages de Prazon (voir la page "Fer à Cheval".


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Un détail des alternances marnes-calcaires de la rive ouest du lac de Barberine, un kilomètre au sud de son extrémité nord, vues de l'est (depuis la rive opposée) au débouché du ravin de Barberine (cliché original obligeamment communiqué par M. Matthieu Petetin).
Dans ce couple de plis, enchaînés en Z, l'épaississement des bancs dans les charnières et leur plus grande finesse dans les flancs est typique d'une déformation par glissement - aplatissement (voir la page "modes de plissement" : toutefois l'on atteint pas dans cet exemple une déformation isoclinale des plis).
La ligne de rivage sont ici N-S et les axes des plis rentrent dans le versant de la droite vers la gauche : ces axes sont donc orientés NE-SW. Le déversement du pli supérieur vers la droite (vers le nord-ouest) correspond au sens de cisaillement ayant affecté cette partie de la pile de couches ; il désigne la direction dans laquelle se trouve la charnière du pli majeur de forme similaire (cf. croquis de l'angle inférieur droit du cliché) : cela correspond bien à l'anticlinal du Mont Ruan qui traverse bien le chaînon plus au nord et qui est couché dans le même sens.
En définitive cet examen des rapports flanc court / flanc long des couples de plis indique donc que, à ce niveau basal de la nappe, il s'agit encore de replis de flanc normal de l'anticlinal du Mont Ruan et non de son flanc inverse.


Le fond de vallon du lac d'Emosson (pentes de La Chaux) est un large glacis faiblement penté vers le sud, en partie garni par le glacier des Fonds : ce relief résulte de la dénudation presque en dalle structurale des couches calcaires bajociennes de la voûte dessinée par le flanc oriental de l'anticlinal couché du Ruan. Ce glacis est dominé à l'ouest par la corniche Tithonique du Mont Ruan, elle aussi presque horizontale et coiffée de couches crétacées de plus en plus épaisses vers le sud (ceci s'inscrit en fait dans le cadre du plongement général des structures de ce massif vers le sud). Mais au sud de la brèche du Mur des Rosses ces couches se font biseauter par le chevauchement du Prazon, tandis qu'au nord l'écaille de Tithonique qui constitue la lèvre supérieure de ce dernier a été décapitée par l'érosion.

 

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La falaise du Mur des Rosses, vue du NE depuis le haut vallon de Barberine (cliché original obligeamment communiqué par M. Matthieu Petetin).
ØP = chevauchement de Prazon : Le redent SE-NW de la falaise donne une coupe naturelle de cet accident où l'on distingue bien les crochons* qui affectent ses lèvres. En avant droit, c'est-à-dire au nord de la brèche, la lèvre chevauchante est enlevée par l'érosion et la lèvre chevauchée se poursuit jusqu'au Grand Mont Ruan (mais sa couverture de terrains crétacés est également de plus en plus enlevée par l'érosion.
C'est par erreur que la carte géologique suisse attribue au Tithonique la crête au nord (à droite) de la brèche 2807.

Les couches du Jurassique inférieur et moyen du haut vallon de La Chaux (au pied sud du Ruan) se poursuivent vers l'est jusqu'à constituer la crête des Pointes d'Aboillon. C'est dans les abrupts orientaux de cette crête qu'affleure le flanc supérieur du synclinal couché par lequel la succession renversée de la nappe de Morcles se raccorde aux couches en série normale de l'autochtone. D'après la carte suisse on observe, au col Barberine même, par une mince lame de grès nummulitiques s'intercalant entre le Tithonique renversé et des calcaires attribués au Jurassique supérieur, reposant à l'endroit sur le Trias de couverture du massif cristallin.

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Les montagnes du fond du vallon de Barberine, vues du sud depuis l'Aiguille de Loriaz, par dessus la crête de l'Aiguille du Charmoz.
"M" = marbres clairs (attribué au Jurassique supérieur) recouvrant les dolomies triasiques
ØR = chevauchement du Ruan ; ØC = chevauchement de La Chaux ; a.R = anticlinal du Ruan ; ØM = chevauchement de la nappe de Morcles (au revers est de la crête d'Aboillon la terminaison du flanc inverse de la nappe, par repli et biseautage, n'est dessinée qu'avec des incertitudes).
Remarque : l'attribution de la Tour Sallière au Tithonique est conforme aux indications de la carte géologique suisse. Pourtant ni la teinte (sombre) ni la stratonomie (litée) de sa pyramide sommitale ne poussent à accepter cette diagnose : un âge liasique paraîrait en fait plus probable.



On peut remarquer que, entre le col d'Emaney et celui de Barberine, le chevauchement de la nappe de Morcles coupe en biseau les couches renversées du flanc inférieur de l'anticlinal du Ruan, de sorte que, au sud du Lac de Barberine ce sont celles du flanc normal de ce pli qui reposent sur la couverture autochtone du massif des Aiguilles Rouges.

D'autre part le Tithonique renversé du versant ouest du col de Barberine supporte de façon apparemment directe le Lias du pied de la Crête d'Aboillon. De ce fait ses couches se trouvent dans la même situation que le niveau calcaire rapporté au Lias basal plus au Sud dans les autres pages de "geol-alp".
C'est donc à cet endroit que se manifeste de la façon la plus caractérisée la contradiction apparente entre les interprétations antagonistes proposées en ce qui concerne l'enracinement de la Nappe de Morcles (voir la page "nappe de Morcles").

 

coupe transversale de la crête frontière, au niveau du Bout du Monde et de la partie septentrionale du lac de Barberine.

aperçu général sur le massif de Sixt 


cartes géologiques au 1/50.000° à consulter : feuille Samoëns - Pas de Morgins
.
Carte géologique très simplifiée des environs des Dents du Midi
redessinée sur la base de la carte géologique d'ensemble des Alpes occidentales, du Léman à Digne, au 1/250.000°", par M. Gidon (1977), publication n° 074.


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