Les Bauges occidentales


 A/ Stratigraphie

 B/ Tectonique

 carte géologique en taille moyenne

 carte géologique en taille maximale

A/ Traits stratigraphiques particuliers

colonne stratigraphique des Bauges

La partie occidentale du massif des Bauges est, du point de vue stratigraphique, assez similaire à la partie orientale de la Chartreuse, qui s'y prolonge d'ailleurs du point de vue tectonique (le chaînon du Revard prolonge le flanc ouest du grand synclinal chartreux oriental).

Au Secondaire la succession est celle de la Chartreuse orientale et y montre les mêmes variations d'ouest en est que dans la partie septentrionale de ce domaine structural.

Dans la partie la plus occidentale (chaînons du Semnoz et du Nivolet-Revard) la succession stratigraphique du Berriasien-Valanginien se caractérise, comme au Joigny, dans le nord de la Chartreuse (et, plus au sud, dans les chaînons de la Chartreuse médiane et occidentale), par l'absence des marnes de Narbonne et par l'invasion vers le bas du faciès des calcaires du Fontanil, qui y forment plusieurs barres rocheuses étagées dans la pente (la succession y ressemble finalement beaucoup à celle de la coupe du Fontanil).
À l'est de la dépression des Déserts et du col de Leschaux on trouve, par contre, la même succession que dans la plus grande partie de la Chartreuse orientale (à l'est du col du Granier pour ce qui est de la partie la plus septentrionale de la Chartreuse) : elle comporte des calcaires du Fontanil beaucoup moins puissants, reposant sur des marnes de Narbonne.

Du point de vue de l'histoire de la géologie stratigraphique, la manière dont les auteurs ont interprété cette succession du Néocomien* des environs de Chambéry a beaucoup évolué en fonction de l'époque et des concepts qui avaient cours. On trouvera un résumé schématisé de cette évolution de la pensée stratigraphique et tectonique à la page "Les couches du Crétacé inférieur aux abords de Chambéry".

Au Tertiaire, à la différence de ce qui a lieu en Chartreuse il n'y a pas de molasse miocène à l'intérieur du massif ; par contre le Tertiaire inférieur ("Nummulitique") est ici représenté plus largement, par une succession de brèches, de sables continentaux et même de couches marines (marnes à écailles de poissons du genre Meletta), qui date de l'Éocène supérieur et de l'Oligocène. On a de nombreuses preuves que ces couches se sont déposées sur des reliefs qui résultaient de l'érosion de plis (sans doute très ouverts) et de failles.


colonne stratigraphique du Tertiaire de la dépression des Déserts avec les passages latéraux de faciès*, d'ouest en est,
d'après PERRIER (1960), modifié selon MEDUS & PAIRIS (1988).


Rapports discordants entre le Tertiaire et le Secondaire dans les Bauges occidentales , d'après PERRIER (1960).
Les attributions d'âge au "Sannoisien" et au "Stampien", peu significatives de nos jours, sont à remplacer par "Oligocène". Il n'est pas tenu compte dans ce schéma des failles qui ont joué avant ou pendant le dépôt du Nummulitique, mais il montre bien l'érosion, de plus en plus profonde d'est en ouest, qu'ont subi les terrains antérieurs au Nummulitique avant le dépôt, en onlap*, de ce dernier.
La molasse rouge chattienne n'est pas représentée sur cette coupe, car elle concerne la partie méridionale des Bauges occidentales, où ces couches sont absentes du fait de l'érosion quaternaire.

La partie haute de la succession est formée par une alternance de bancs de grès et de lits de marnes versicolores, souvent rougeâtres, qualifiée de Molasse rouge. Il s'agit de dépôts fluvio-lacustres, d'âge Chattien (Oligocène supérieur), qui atteignent près de 1000 m d'épaisseur au coeur du synclinal de Leschaux.

Stratigraphie des Bauges orientales


B/ Tectonique


Coupe schématique des Bauges sud-occidentales
Cette coupe ne vise ni à la précision, ni à une représentation très fidèle des structures, mais elle résume la nomenclature des accidents.
Ø3 = chevauchement frontal des Bauges (prolongement septentrional du chevauchement de la Chartreuse orientale) ; Vérel = chevauchement de Vérel ; P = chevauchement du Peney ; M = chevauchement du Margériaz : il rompt le flanc ouest du synclinal des Aillons en isolant la bande monoclinale d'affleurements tertiaires connue sous le nom (inapproprié) de "synclinal des Déserts".


Les Bauges sont très clairement délimitées du côté ouest, depuis Chambéry, au sud, jusqu'à la vallée du Chéran (Cusy) au nord, par un important accident tectonique, le chevauchement frontal des Bauges, dont le jeu a eu pour effet que leur chaînon le plus occidental surplombe le sillon molassique périalpin* par des escarpements de plus de 1200 m de haut.

 voir plus de détails à la page spéciale "front des Bauges"

Carte structurale schématique des Bauges occidentales
version plus grande

Chevauchements : Ø B = chevauchement frontal des Bauges ; ØM = chevauchement du Margériaz ; ØV = chevauchement du Veyrier.
Failles subverticales : d.M = décrochement de Montagny ; d.P = décrochement de Prépoulain ; f.C = faille du Céty ; f.CC = faille Challes - Curienne ; f.D = faille de la Doria.
Plis accentués, sub-méridiens (en rouge) : a.M = anticlinal de la Motte; a.S = anticlinal du Semnoz ; s.A = synclinal des Aillons ; s.E = synclinal d'Entrevernes ; s.L = synclinal de Leschaux ; s.T = synclinal du Trélod.
Ondulations transverses (en bleu) : a.C = trans-anticlinal du Mont de la Croix ; a.L = flexure anticlinale de la Montagne de Lachat ; a.R = anticlinal du Revard ; s.CP = trans-synclinal du Col des Prés ; s.D = trans-synclinal de la Doria ; s.M = trans-synclinal du Margériaz ; s.E = flexure synclinale des Ébats.
s.S = synclinal de Serraval - Arclusaz.


Au sud-est de Chambéry le massif des Bauges est limité par la Trouée des Marches qui, au contraire ne correspond à aucun accident tectonique. Ce large couloir tranche en effet, plus ou moins obliquement, les plis des Bauges occidentales pour se raccorder au sillon subalpin.

 voir plus de détails à la page spéciale "trouée de Chambéry-Montmélian"

Du côté oriental la limite naturelle que la tectonique et la stratigraphie conduisent à adopter pour les Bauges occidentales correspond à une ligne passant par le col de Leschaux au nord et au sud par le col des Prés et le village de La Thuile : elle correspond au grand synclinal des Aillons (voir plus loin).

1 - Failles :

a) Les Bauges occidentales sont donc délimitées du côté ouest par le chevauchement frontal des Bauges (voir la page qui lui est consacrée).
Cet accident majeur prolonge en fait, au nord de Chambéry, le chevauchement de la Chartreuse orientale. D'autre part il joue le même rôle que la faille de Voreppe à l'extrémité sud de la Chartreuse, en ce sens qu'il constitue la frontière entre les chaînons subalpins et les chaînons jurassiens, qui s'ennoient vers le sud dans le synclinal du Bourget. De plus les analogies structurales et géomorphologiques sont frappantes entre le chaînon du Revard et celui de la Grande Sure. Toutes les continuités structurales observables entre ces deux chaînons montrent pourtant que leurs plis ne se prolongent pas : ils sont séparés par les deux synclinaux de Rumilly (à l'est) et de Couz - Lac du Bourget (à l'ouest) qui encadrent l'anticlinal médian de la Chartreuse (prolongement méridional plus ou moins exact de celui de la Chambotte).

Cette donnée illustre le fait que le domaine subalpin correspond à un ensemble qui est déjà défini pendant la sédimentation mésozoïque. La tectonique compressive l'a de nouveau individualisé par rapport au domaine jurassien, mais sa structuration s'est faite par un dispositif "en échelons"* de plis et de chevauchements obliques aux limites paléogéographiques de ces deux domaines en même temps que le rapprochement de ces deux systèmes de plis, affrontés le long d'une ligne qui leur est oblique (moins méridienne), entrainait une torsion de ces derniers (voir le schéma cartographique).

b) Les Bauges occidentales sont en outre partagées, dans le sens de la longueur, par une grande faille inverse, le chevauchement du Margériaz - Montgelas.
Au sud du Chéran elle constitue la limite orientale de la dépression monoclinale qui court depuis les Déserts au sud jusqu'à Lescheraines au nord et qui est traditionnellement (mais à tort) qualifiée de "synclinal des Déserts". Au nord du Chéran cette bande d'affleurements de terrains tertiaires se raccorde avec le flanc ouest du très large synclinal de Leschaux, qui héberge la partie nord-ouest du lac d'Annecy
. C'est à ce dernier pli que se rattache aussi, au sud du Chéran, le synclinal des Aillons, qui n'en représente que le flanc oriental et le cœur, tandis que la majeure partie du flanc ouest du synclinal, séparée du reste du pli par le chevauchement du Margériaz, forme le monoclinal des Déserts-Lescheraines.

Au nord du Chéran, on perd la trace du chevauchement du Margériaz en raison du hiatus d'affleurements dû aux dépôts quaternaires de cette vallée ; mais il n'y a aucun indice qu'il se poursuive directement vers le nord au sein du Tertiaire du synclinal de Leschaux.

 Au contraire, à la latitude de la vallée du Chéran la lame chevauchante formée par l'Urgonien du Margériaz et son soubassement (jusqu'aux calcaires du Fontanil inclus) se termine vers le nord d'une façon trop brutale pour que l'on puisse admettre que cela soit simplement dû à un sectionnement en biseau progressif par le chevauchement, car cela devrait se faire sur une beaucoup plus grande longueur. Le tracé de la terminaison de ces affleurements suggère que cette dalle rocheuse est tranchée en biais par un accident qui constitue probablement le raccord entre deux décrochements dextres, celui de Prépoulain au sud-ouest (voir page Plainpalais) et celui de Mont, au nord-est (voir page Entrevernes).

Il est donc très vraisemblable que, à la faveur de l'important décalage dextre que cela occasionne, ce soit le prolongement du chevauchement du Margériaz que l'on retrouve sur le flanc oriental du synclinal des Aillons, sous la forme du chevauchement du Roc des Boeufs : il est sans doute significatif à cet égard que ce dernier affecte le flanc ouest de l'anticlinal de la Motte au nord de ce village, alors que ce dernier n'est pas rompu au sud du Chéran. Ce chevauchement court ensuite vers le nord jusqu'au lac d'Annecy, en limitant les affleurements de Tertiaire du flanc oriental du synclinal de Leschaux.

 Mais il est à remarquer que, à partir de La Chapelle Saint-Maurice le prolongement septentrional de cette cassure traverse en biseau l'anticlinal de la Motte, puis tranche franchement le synclinal d'Entrevernes selon un tracé NE-SW, avant d'atteindre Duingt. Cette toute dernière portion de son tracé doit sans doute être considérée comme résultant d'un "décrochement de Duingt" mais il se peut néanmoins que ce soit la surface de chevauchement elle-même qui, ici aussi, recoupe le pli en biais.
Quoi qu'il en soit de ces détails on constate globalement que les Bauges sont traversées par une cassure chevauchante orientée N30 qui coupe en biais des plis plus méridiens (d'axe environ N15). Cela montre que le chevauchement du Margériaz a dû sans doute fonctionner (ou, en tous cas, rejouer), lui aussi, après la phase de formation des plis régionaux et constitue une similitude frappante avec le chevauchement de la Chartreuse orientale, qui sectionne également en oblique les plis de la partie orientale de ce massif.

Immédiatement au sud des Déserts le chevauchement du Margériaz subit une brutale modification du niveau stratigraphique auquel se situe la base de sa lèvre chevauchante, qui s'avère être en liaison avec la présence dans sa lèvre inférieure d'une faille transverse : son tracé subit une indentation en baïonnette qui le décale vers l'ouest et auquel il s'adapte par un jeu "en bord de tiroir" (voir la page "Peney").

À l'est de Chambéry son tracé se perd passagèrement sous l'épais colmatage d'alluvions fluvio-glaciaires de la dépression de Thoiry - Puygros. Il ne fait guère de doute cependant que ce soit lui qui réapparaît à l'est de Curienne, sous la forme du chevauchement du Montgelas, où il affecte les couches du Jurassique supérieur et du Berriasien (voir la page "Chignin"). Il traverse là encore la série stratigraphique en biais, de sorte que c'est au niveau de l'Oxfordien qu'il atteint le sillon subalpin aux environs de Chignin (voir la page "trouée des Marches").

 On remarque à cet endroit que le pendage de la surface du chevauchement du Montgelas prend un pendage proche de la verticale. Ceci indique sans ambiguïté qu'il a été basculé avec le flanc ouest du synclinal des Aillons et que sa formation est donc antérieure aux ultimes déformations de ce dernier pli (voir la page "Chignin"). Cette observation semble en contradiction avec celles faites plus au nord, qui amènent à considérer que le chevauchement du Margériaz a joué postérieurement à la formation du synclinal des Aillons (voir ci-dessus).
On pourrait en conclure que le chevauchement du Montgelas n'est pas le prolongement de celui du Margériaz, mais cela est peu en accord avec les données cartographiques.
On peut plus vraisemblablement penser le synclinal des Aillons a subi une déformation tardive, ultérieure au chevauchement, ce qui a redressé ce dernier en même temps que le Tithonique de son flanc ouest. Cette dernière interprétation est assez cohérente avec les conclusions de l'étude de ce synclinal dans ce secteur (voir la page "La Thuile"), car cette dernière montre que les plis mineurs du Tithonique y ont été repris par la fermeture de la charnière principale du synclinal.
En outre il n'est nullement exclu que le chevauchement du Margériaz ait eu un premier jeu, antérieur au plissement, puis qu'il ait rejoué ultérieurement (c'est ce que suggèrent ses rapports avec le chevauchement anté-Miocène de la Filière qui affecte la bordure occidentale des Bornes).

Enfin on perd la trace du chevauchement du Montgelas sous les alluvions de la vallée de l'Isère, où l'orientation de son tracé le conduit à traverser le Grésivaudan entre Montmélian et Chapareillan.

 Il est possible que le chevauchement du Margériaz - Montgelas ait joué un rôle dans la localisation de l'entrée est de la trouée des Marches. En effet cet accident, en portant en altitude les termes marneux du Jurassique supérieur (Terres Noires), les a amené à être largement dénudés lors de la phase ancienne d'aplanissement. Ainsi (voir le schéma de l'évolution conjointe relief - tectonique, étapes 3 et 4), à partir de la zone des affleurements marneux particulièrement favorables à l'affouillement qui deviendra le sillon subalpin, a dû se constituer une indentation vers le nord, qui a été l'ébauche de la trouée de Chambéry.

c) Plusieurs failles de décrochement sont présentes dans les Bauges occidentales : comme en Chartreuse occidentale, elles sont dextres et orientées à peu près N70 (alors que l'orientation des décrochements plus orientaux est plus voisine de N50). Du sud au nord, la faille de la Doria (Les Déserts), celles de Prépoulain et de Montagny (Montagne de Banges) et celle du Crêt de Châtillon (Semnoz) sont les plus importantes.

Au nord du Revard, la limite entre les Bauges et le sillon molassique périalpin* subit une nette inflexion vers le NE avant de reprendre une direction (N10 à N20), plus conforme à celle habituelle pour les axes des plis, dès la transversale de Saint-Offenge, au sud de la cluse de Banges, puis dans le chaînon du Semnoz.
Cette inflexion correspond à un décalage par les deux décrochements dextres de Montagny et de Prépoulain. Elle coïncide d'autre part avec l'émergence à l'air libre de la surface principale du chevauchement frontal du massif sur le sillon molassique (alors que celle-ci n'apparaît plus à l'affleurement au nord de la cluse de Banges).
Il est probable que cette conjonction d'accidents, les uns chevauchants et les autres coulissants, est liée au fait qu'ils ont joué conjointement pour faire avancer en éperon l'angle SW des Bauges sur le sillon molassique : ce "poinçonnement" a d'ailleurs bousculé aussi, plus à l'ouest, les plis jurassiens qui traversent le sillon molassique, car ces derniers (anticlinaux du Corsuet et du Mont du Chat) sont également tordus dans le sens dextre au niveau de la transversale d'Aix-les-bains


2 - Plis (voir le schéma cartographique) :

Les plis N-S des Bauges occidentales se ramènent, pour l'essentiel, à l'enchaînement d'un grand anticlinal du Revard à l'ouest et d'un grand synclinal des Aillons - Leschaux à l'est. Toutefois divers plis de moindre importance viennent se surajouter à ces deux éléments majeurs :

a - L'anticlinal du Revard est un pli d'axe NE-SW, qui est rompu du côté ouest par le chevauchement frontal du massif des Bauges et dont le flanc ouest a été largement érodé (il ressemble de près, en cela, à l'anticlinal de la Chartreuse occidentale).
Le flanc est de ce pli débute par des pendages assez fort mais il subit une forte atténuation des pendages, qui deviennent presque horizontaux, par l'effet de la flexure trans-synclinale des Ébats, de sorte qu'il forme sur plus de 1 km un monoclinal très doucement penté vers l'est. Plus à l'est, là où le plateau du Revard tombe sur la vallée de Saint-François, le pendage du flanc oriental du pli s'accroît de nouveau, selon une ligne d'azimut N40 passant par La Féclaz : c'est la flexure trans-anticlinale de la Montagne de Lachat (ces deux flexures sont également d'axe NE-SW).

En outre le prolongement méridional du monoclinal du Revard est affecté, au sud-est de la Féclaz par deux plis transverses, d'orientation également NE-SW :
- le trans-synclinal de la Doria, qui passe aux Déserts; il semble se poursuivre vers le NE au delà du chevauchement du Margériaz en ployant la dalle urgonienne aux abords même de ce sommet, puis jusqu'aux abords nord du Châtelard (peut-être même jusqu'à la montagne du Charbon)
- le trans-anticlinal de Curienne affecte aussi le chevauchement du Margériaz (au niveau du Mont-de-la-Croix) ; il s'atténue vers le NE et n'est plus perceptible au delà des Aillons.
Ces plis transverses, très ouverts et qui s'effacent vers le NE, sont très similaires à ceux, de même orientation, qui affectent la Chartreuse occidentale. Comme ces derniers ils sont tardifs par rapports aux autres plis, d'ailleurs plus accentués, dont l'orientation axiale est plus N-S. Leur origine n'est pas clairement déterminée mais leur parallélisme avec l'azimut du tracé du chevauchement frontal au NE du Revard incite à lier leur formation au jeu de ce dernier .

Vers le nord-est l'anticlinal du Revard disparaît au niveau de la traversée de la vallée du Chéran. Il y est relayé par l'anticlinal du Semnoz, plus oriental, qui se développe dans la montagne du même nom. Ce pli s'efface à la latitude de Lescheraines, par plongement vers le sud et par atténuation de sa forme.

On peut se demander si ce plongement est l'effet de l'intersection de l'anticlinal du Semnoz avec le trans-anticlinal de la Montagne de Lachat ou si ce dernier pli représente simplement le prolongement méridional, de l'anticlinal du Semnoz atténué en une flexure anticlinale et dont l'axe aurait subi une torsion dans le sens horaire.

Au nord du Chéran jusqu'à Annecy c'est l'anticlinal du Semnoz qui constitue le pli le plus occidental des Bauges. Il disparaît à Annecy, où l'Urgonien de sa voûte plonge sous les molasses de la dépression tertiaire péri-alpine.

b - Le synclinal des Aillons est très dissymétrique, avec un très long flanc ouest peu penté et presque plan et un flanc est plus court, très redressé et affecté de replis secondaires souples.

image sensible au survol et au clic

L'extrémité méridionale de la vallée des Aillons vue du sud, d'avion, depuis l'aplomb ouest de La Thuile.
Ce cliché est pris dans l'axe du synclinal des Aillons (s.A) dont on voit qu'il se prolonge vers le nord par celui de Leschaux (s.L) ; la sinuosité de l'axe de ce pli est bien perceptible.
s.M = synclinal du Margériaz ; a.Cr = anticlinal du Mont de la Croix ; f.C = faille du Mont Céty ; ØM = chevauchement du Margériaz ; f.Ch = faille des Chavonettes.
Les tirets roses soulignent la base de la succession nummulitique.

La littérature fait état d'un "synclinal des Déserts" et d'un "anticlinal du Margériaz" qui s'intercaleraient entre ces deux plis. Mais il s'agit là d'entités mythiques. En effet le Tertiaire de la dépression des Déserts n'est pas bordé, du côté est, par le flanc est d'un synclinal, mais par un chevauchement (chevauchement du Margériaz), qui rompt et redouble le flanc ouest du synclinal des Aillons.

Au nord du Chéran le synclinal des Aillons est tranché, en biais aigu, par le chevauchement du Margériaz, qui passe alors sur le flanc est du pli. Au delà il se poursuit par le synclinal de Leschaux (voir la page "Margeriaz-nord"). Si ce dernier pli est beaucoup plus large cela vient de ce qu'il résulte de la réunion du synclinal des Aillons proprement dit et du monoclinal des Déserts. Ce dernier élément n'est autre, en effet, que la portion du flanc ouest du synclinal des Aillons - Leschaux, mais elle a été séparée morphologiquement du coeur de ce pli par le jeu en faille inverse du chevauchement du Margériaz (qui a porté en relief la crête de cette montagne).

Le synclinal des Aillons - Leschaux apparaît en définitive comme un accident qui joue un rôle de frontière naturelle entre les Bauges occidentales et les Bauges orientales ; en effet :
- du point de vue stratigraphique il marque la limite orientale des faciès à affinités jurassiennes au Crétacé inférieur, la limite occidentale des affleurements de Sénonien et enfin, au Tertiaire, celle du Nummulitique marin.
- du point de vue tectonique il marque le changement de style entre la structure peu plissée, à prédominance de chevauchements, des Bauges occidentales et le style de plis souples multiples, regroupés en anticlinoria* et synclinoria, des Bauges orientales. A cet égard il prolonge vers le sud la dépression synclinale qui forme la marge ouest du grand anticlinorium des Bornes.

c - Le système de plis du "massif de Curienne" se développe au droit de la trouée des Marches et s'intercale, à l'ouest du chevauchement du Margériaz, entre le synclinal des Aillons et le grand synclinal oriental de la Chartreuse. On pourrait penser qu'il prolonge les plis les plus orientaux de la Chartreuse, mais il n'en est rien car l'orientation de ces plis les fait se perdre dans le Grésivaudan entre Chignin et Chapareillan.

Schéma cartographique très simplifié, qui résume graphiquement les rapports entre les structures de la Chartreuse et celles des massifs subalpins voisins (Vercors au sud et Bauges au nord)

Du côté sud, entre Montmélian et Myans, l'érosion qui a creusé la trouée des Marches a défoncé ce système plissé jusqu'à son coeur de Terres Noires. Plus au nord, à la latitude de Challes, elle a dégagé en relief le Tithonique de ses voûtes anticlinales, qui arme les petites montagnes de Curienne,. Ces voûtes plongent vers le nord et s'enveloppent de terrains néocomiens dès la rive septentrionale du cours de la Leysse (Mont Peney). Plus au nord, à partir des Déserts (au niveau du trans-synclinal de la Doria), ces plis ne se manifestent plus (du moins au niveau de l'Urgonien, seul visible ici) et font place au monoclinal du flanc oriental de l'anticlinal du Revard.

Les montagnes de Challes-Curienne sont en outre traversées en oblique par un faisceau de cassures orientées NE-SW. La plus importante, la faille de Camelot, semble bien être utilisée, dans leur remontée vers la surface, par les eaux thermales de Challes.

L'interprétation de ce petit ensemble montagneux a beaucoup évolué au cours des ans (voir la page "Curienne").
La faille de Camelot, notamment, a été
considérée successivement comme un flanc étiré de pli-faille, comme un décrochement dextre, enfin comme une faille extensive d'âge crétacé inférieur (hypothèse actuelle de l'auteur).
Il semble en définitive ne comporter qu'un seul gros anticlinal de la Boisserette, qui se prolonge vers le nord par l'anticlinal de la Roche de Barby (et que borde du côté ouest un repli anticlinal plus modeste, l'anticlinal de Saint-Jeoire) ; ce pli majeur affecte un graben oblique, plus ancien que le plissement, le prétendu "synclinal de Bellevarde".


Pour plus de développements sur le plissement des Bauges occidentales, consulter la publication186 
N.B. les paragraphes mis en évidence par un texte en couleur contiennent des vues personnelles, partiellement inédites, de l'auteur.
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aperçu général sur les Bauges orientales
exploration du massif selon un plan géographique
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