La Crue de Moirans : la faille des Balmes

l'extrémité sud de la montagne de Ratz

À son extrémité méridionale le chaînon jurassien du Ratz tombe assez brutalement sur la vallée de Pommiers, qui s'élève depuis Voreppe jusqu'au col de la Placette. Ces escarpements sont orientés SW-NE donc franchement obliques par rapport à l'allongement N-S de la montagne et à l'axe du pli qui en forme l'armature.

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Le versant sud-est de la Montagne de Ratz et le val de La Placette
, vus du sud, depuis le Rocher de Bellevue (arête sud de l'Aiguille de Chalais).
a.Ratz est = charnière orientale de l'anticlinal coffré* du Ratz (= flexure de la Dent de Moirans) ; f.Ba = faille des Balmes ; la surface de transgression* du Miocène sur l'Urgonien est figurée en jaune.
Concernant le prolongement éventuel du tracé de la faille des Balmes en direction du NE, sous les alluvions glaciaires qui garnissent le vallon de la Roizette, voir ci-après en fin de page.


Ils sont déterminés par une importante cassure, la Faille des Balmes (que l'on a parfois appelée faille du Ratz), qui abaisse l'Urgonien du sommet du Ratz (Rochebrune) jusqu'au niveau de la plaine de l'Isère entre Voreppe et le village de la Crue de Moirans.

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Vue d'enfilade de la faille des Balmes, depuis La Crue de Moirans (plaine alluviale de l'Isère), au NE du pont de la N85 sur l'autoroute A48.
Le terme de "balme" désigne, comme partout, des auvents naturels ; ils sont ouverts ici dans les falaises de calcaires récifaux du Jurassique supérieur.


À ce niveau les abrupts de la rive orientale de la vallée de l'Isère offrent une entaille naturelle qui permet d'observer la faille en coupe presque orthogonale. On y voit clairement le décalage vertical des niveaux stratigraphiques qui se succèdent de part et d'autre dans le versant et même, au pied de celui-ci, le miroir de faille, presque vertical (qui détermine un rentrant à regard sud dans la falaise inférieure).

 Concernant la constitution stratigraphique des abrupts, au nord de la faille, elle est la même que sur la rive opposée de l'Isère, au Bec de l'Échaillon, c'est-à-dire que la succession du Jurassique supérieur et du Crétacé inférieur y est du type jurassien riche en faciès calcaires, de plateforme, et très pauvre en faciès marneux de mer plus profonde. Il est à noter que les faciès franchement récifaux de la falaise des Balmes font place ici, vers le nord, à des calcaires plus lités de plateforme plus interne, qui sont exploités dans la grande carrière de La Buisse.

Le rejet vertical de la faille consiste en un abaissement de sa lèvre sud-est (à droite, vue de la vallée). Mais on remarque que les couches de cette lèvre sont inclinées vers l'est, alors que celles de la lèvre nord (de gauche) sont sensiblement horizontales. Cette différence de pendage ne peut s'expliquer par un mouvement purement vertical. Elle provient en réalité de ce que la cassure est un décrochement* dextre .


Décalage vertical de falaises par suite d'un décrochement
(les falaises représentées ici sont des miroirs de failles)

A) un décrochement (D) (ici dextre) induit un rejet vertical (rv), de même valeur sur toutes les sections verticales si les couches sont inclinées et planes ;
B) l'ampleur de ce rejet varie, selon l'emplacement, si le pendage des couches n'est pas constant (cas des plis) : c'est ainsi que, dans le cas représenté, les couches, inclinées vers la droite, du compartiment situé en avant sont juxtaposées, par suite du déplacement horizontal, à des couches moins inclinées du compartiment situé en arrière (voire même aux couches horizontales de la voûte du pli, à l'extrême gauche de ce compartiment).


Cette déduction est confirmée par les observations que l'on peut faire plus à l'est, en comparant les deux lèvres de la cassure d'un bout à l'autre de son tracé, depuis plaine alluviale de l'Isère, où il détermine d'abord un vallonnement qui s'élève jusqu'au replat de la Tençon ; puis il franchit l'échine cotée 624 en déterminant le petit col 628 (où l'Urgonien supérieur bute contre l'Hauterivien inférieur), traverse à flanc de pente le versant de Rochebrune et se perd enfin sous les alluvions quaternaires du vallon de Pommiers à hauteur de ce village.
En premier lieu on constate que, de part et d'autre du tracé de la cassure, repère constitué par le tracé la surface de transgression* du Miocène sur l'Urgonien est reporté vers le NE du côté nord de la faille (donc en sens dextre) avec un décalage de près de 2 km.
D'autre part, au sud de la faille, les couches urgoniennes qui forment la bosse 624 sont pentées vers l'est et appartiennent au flanc oriental de l'anticlinal du Ratz. La voûte du pli, qui était située plus à l'ouest, a été enlevée ici par l'érosion de la vallée de l'Isère, alors que au nord de la cassure les couches des pentes de Rochebrune dessinent la voûte de ce pli. Ce décalage de la voûte du pli induit celui de son flanc oriental, ce qui explique, conformément au schéma B, ci-après, la différence de pendage des couches qui s'observe de part et d'autre de la faille.

Les observations microtectoniques confirment également cette interprétation : en effet le pendage de la surface de cassure, presque vertical, que l'on observe à la crue de Moirans, est celui que l'on attend pour une faille de décrochement, alors qu'une faille "normale" (extensive) devrait être inclinée moins fortement (environ de 60°).

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Vue rapprochée du miroir de faille de la faille des Balmes (La surface visible est de l'ordre de 2 m2)
La quasi horizontalité des stries est caractéristique d'un décrochement.
Les flèches indiquent la direction et le sens relatif du déplacement des deux compartiments : le compartiment sud-est, déplacé vers la gauche est à l'avant droit : ce sens de mouvement est déduit de la disposition des écailles calciteuses, collées au compartiment nord-ouest (elles ont leur abrupt du côté gauche).
Noter que les traînées sombres verticales qui strient le miroir de faille ne sont pas d'origine tectonique mais proviennent du ruissellement de l'eau de pluie (qui favorise le développement d'algues et de lichens)


Mais surtout le rejet essentiellement coulissant est confirmé par l'étude rapprochée du miroir de faille. Ce dernier présente en effet un très bel enduit d'écailles de friction calciteuses imbriquées et garnies de stries, dont l'examen rapproché confirme un mouvement presque horizontal de sens dextre.

 Concernant le prolongement éventuel du tracé de la faille des Balmes en direction du NE, sous les alluvions glaciaires qui garnissent le vallon de la Roizette aux abord de Pommiers (et jusqu'au col de la Placette), on peut remarquer que son orientation le mènerait sensiblement jusqu'au pont du Grépy, dans le cirque des Trois Fontaines. Il est très possible que la cassure affecte là les terrains miocènes situés sous le chevauchement de Voreppe (mais on ne peut le voir ...) ; il est indubitable par contre qu'il n'y a pas trace du passage d'une cassure dans les couches jurassiques affleurant au dessus de la surface de chevauchement et que la faille des Balmes n'est pas le prolongement de l'un des décrochements de la Chartreuse, même si elle appartient à l'évidence à le même famille qu'eux.
En fait on peut penser que la formation de cette failleet son jeu dextre* ont été induits par l'avancée, à la faveur du chevauchement de Voreppe, de la masse rocheuse constituant le massif de la Chartreuse. En effet la direction de son mouvement n'était pas orthogonale à l'axe de l'anticlinal du Ratz, mais oblique : la partie méridionale de ce pli, la plus rapidement atteinte par l'avancée du front chevauchant, a dû être repoussée en biais par le mouvement de ce dernier (voir le schéma cartographique explicatif à la page spéciale)

 


La Buisse

montagne de Ratz

(Trois Fontaines)
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(Veurey, Échaillon)

(Voreppe)

(Chalais)
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